Rugby sHop
7 juin 2019

Tuer le père, tuer le pair

Je le vois, double, le complot. Les demi-finales à Bordeaux avec les quatre équipes du Top 14 les plus à même de nous enivrer avec un rugby … champagne ! D’un côté Xavier Garbajosa, enfant de Toulouse opposé au rouge et noir, de l’autre Pierre Mignoni patron du LOU mais ancien de la maison Clermontoise ! « Canal + c’est plus ». Leur phrase d’accroche de l’époque est toujours d’actualité. C’est truqué ce championnat ! Tè, je vous parie qu’il y aura au moins un Stadiste et un Clermontois en finale. Si je perds, je me laisse pousser le ventre ! Si je gagne aussi …  

Que cela soit pour Toulouse – La Rochelle ou pour Clermont – Lyon, peut-être allons-nous assister à deux non matchs avec des grands coups de pompes dans la soirée et zéro contre-attaque longue. Peut-être pas.  A cette heure et avant que Messieurs Gaüzère (samedi à 21 h pour le Stade – Stade) et Poite (dimanche à 16h30 pour l’AMSCA – LOU) sifflent le coup d’envoi de ces demi-finales, belle est  la promesse d’un rugby d’intentions et d’initiatives.

 

Tuer le père, tuer le pair

 

Les 4 clubs en course ont cette particularité de se définir par un rugby offensif où la prise de risque n’est pas une  prise de risque. Restez, restez va …

On en revient au problème originel : la définition de la prise de risques. Quel que soit le niveau, contrairement à l’arbitrage qui peut, lui, différer du tout au tout, les vérités du jeu sont les mêmes. Une équipe de biafrais avec des avants de 77kg aura peu d’intérêts à jouer la lenteur et choisir l’option du ballon porté comme stratégie première ! Prenons un autre exemple : les volés et malheureux finalistes Grenoblois en 1993 : si leurs trois-quarts avaient choisi de relancer de l’en-but chaque ballon, les premières baffes des « Mamouths » Merle, Ferruit, Chaffardon ou encore Kacala et consorts n’auraient peut-être pas été pour leurs adversaires.

 

Mesure et démesure

Dans le même ordre d’idées, si le coup se situe dans ton propre en-but, on pourrait traiter de « risque tout » le porteur qui, avec ses 14 partenaires, ne relancerait pas face à un seul adversaire alors que les autres boitent, se refont les lacets, sont à la buvette ou se trouvent dans leurs propres 22 mètres. J’appuie le trait mais c’est nécessaire, je connais certains de mes lecteurs …

Tout est affaire de mesure ; ou de démesure d’ailleurs ! Une notion d’adhésion aussi.  Beaucoup.

Le Stade Toulousain et Clermont ont réussi ce pari d’utiliser les aptitudes de ses individualités au plus haut point pour un référentiel ambitieux où la dimension collective prime. Fabrice Collazo et, à un degré moindre, Vern Cotter ont vu leur équipe pâtir de vraies carences dans ce secteur-là. Et heureusement, jouer un rugby ensemble et pour les autres veut encore dire quelque chose ! Et à tous les niveaux !

 

Garba et Mignoni, même combat !

Lyon et La Rochelle sont en passe de rejoindre ce niveau d’expertise. Apposer le cas de Xavier Garbajosa pour le Stade Toulousain avec celui de Pierre Mignoni pour l’AMSCA n’est pas dénué de sens. En ignorant leur statut différent au sein des staffs respectifs des deux clubs, il est frappant de constater que ces deux mecs ressemblent à leur club actuel certes, mais des réminiscences de leur ancien club les habitent. Tous deux internationaux avec une trentaine de sélections en équipe de France, les très bons joueurs qu’ils étaient ont toujours eu une vive concurrence à leur poste. Des similitudes qui en amènent d’autres : leur mode opératoire en tant que coachs s’inspire obligatoirement de leur propre construction en tant que joueur. On nait d’où on vient, on est d’où on vient ! Xavier Garbajosa de Toulouse et Pierre Mignoni de Clermont sauront-ils tuer le père ? Le Stade Toulousain et Clermont semblent, en termes de statut, plus posés, plus dans la maîtrise de leur rugby. Les Rochelais et Lyonnais, petits scarabées du Top 14, vont-ils arriver à supplanter le maître ? Peu importe finalement, ils se ressemblent tant …

 

Dire que les quatre font la paire ou ne font qu’un serait une bien belle connerie mais l’image est sympa. Le plaisir de voir ce week-end triompher les deux équipes qui resteront le plus elles-mêmes, ça serait juste. Et symbolique. Gagner -ou perdre- en restant nous-mêmes, une vérité qui devrait parler à tous …

C’est quoi l’antonyme de « aseptisé » ?…

 

Miga Latapi

PartagerShare on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *