Rugby sHop
12 octobre 2017

Stats hystériques

On ne va pas se mentir, je ne vais pas vous sortir des théories matheuses ou mafieuses sur ce qui fait le rugby mais notre sport a tendance à avancer dans un chemin où il va s’embourber à un point de non-retour. C’est donc irrité, courroucé voire réfounfougné au plus point que je viens vous prendre à témoin de l’ire qui m’habite aujourd’hui.

 

L’individualisation des données

Je me suis tâté d’entrer dans le détail des différentes stats que l’on peut lire dans les « journaux autorisés » mais ça m’a fait rire jaune alors j’ai abandonné. Mais quand même : la stat des mètres gagnés ». Franchement … La stat des mètres gagnés !!! La prochaine étape c’est quoi ? Un expert (pas des mètres gagnés mais de l’analyse de notre jeu) n’arrivait même plus à s’arracher les cheveux (aussi pour des raisons indépendantes de sa volonté …) sur la connerie ambiante de telles stats : « on devrait diviser le nombre de mètres gagnés par le nombre de courses » plaisantait-il. Je pense qu’on devrait aussi y ajouter un coefficient si les mètres gagnés le sont au milieu de 5 défenseurs et une moins-value si ces mêmes défenseurs font plus de 15 secondes au 100 mètres ! A quand la stat du nombre de mètres de recul de l’adversaire  sur percussion ?…

 

 

VMA oui,  MVP de NBA non !

Il existe sûrement des disciplines où les statistiques individuelles ont une importance première. L’adresse au basket, le temps de réaction calculé en millième de secondes au sprint, le nombre de penaltys marqués au hand. Mais en rugby, sur des statistiques de jeu courant, on peut balancer à la poubelle  d’un jet aux 3 mètres en moins de 50 millièmes de secondes toutes ces informations qui ne font de dénaturer l’esprit de notre jeu. Parlons d’une stat personnelle qui compte par exemple, la Vitesse Maximale Aérobie. Pour faire simple la VMA c’est « comment tu peux maintenir ton effort à une intensité très forte longtemps sans être à la couenne et donc obligé d’avoir une performance moindre». Ainsi prenons l’exemple de Gerd Muller – l’ancien attaquant du Bayern de Munich et de l’équipe d’Allemagne de foot des années 70- au palmarès qui te mettrait à plat un stylo 4 couleurs si tu devais cocher un à un le nombre de buts et de titres du bonhomme –  une VMA de crapaud (j’ai lu une stat canadienne sur la VMA des crapauds : très faible les crapauds, ils buffent vite …) ! Mais dès qu’il touché un ballon, c’était but ! Même des fois rien qu’en regardant la gonfle, il la faisait rentrer dans les cages ! Et pourtant ce gars était un monstre devant le but ! Sur me  critère et pour faire plus ovales, je me demande aussi ce que donnait le stats de Jean Pierre Romeu et ses bouts carrés ou encore le regretté Lulu Pariès … Et pourtant quel sacrés joueurs !… Alors que Fabien Nougailhon lui …

 

 

Le rugby, est un sport éminemment collectif, faut-il le rappeler ! Qu’on me donne la stat du nombre de gestes justes, du nombre de partenaires mis dans l’intervalle, du nombre de sacrifices du pilard en soutien offensif qui ne sait pas que le ballon est passé du cuir au synthétique car il ne le voit jamais ! Car lui il escagasse, il esboudrègue !

Il y a tant d’éléments singuliers, de l’ordre du ressenti, de l’affect parfois entre les joueurs, ou entre l’entraîneur et les joueurs, que toutes ces stats ne sont que secondes et mêmes secondaires. Les GPS individuels sont un des seuls outils en termes de statistiques qui apportent des vérités rationnelles, exploitables. Et heureusement, elles sont dans les mains des techniciens qui connaissent 100 % de chacun des mecs qu’il entraîne. Pas le joueur mais le joueur et l’Homme. Et son approche pour l’amener à la performance aboutie est bien sûr grâce à ces statistiques précises, mais également aux leviers qu’il va actionner pour « toucher » son joueur et l’amener à l’excellence.

Ainsi il doit être possible d’évaluer les entraîneurs en fonction de leur palmarès quand il est grand comme les poteaux d’Ernest Wallon. Jake White ne me contredira pas, restons persuadés que la stat des techniciens de qualité dans notre rugby d’en bas, qui en plus sont des bons mecs, reste à inventer. Et que les critères d’évaluation ne sont pas dans un aspect individuel lié uniquement à l’aspect du nombril mais bien dans la dimension collective de leur investissement et dans leur rapport aux Hommes.

Et ça, en mètres de relations post rugby ou en secondes d’apéro partagés, y a du lourd …

 

Miga Latapi
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