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11 mai 2018

Rosita et Caillou

Rosita et Caillou

 

On allait à l’entraînement tranquille et j’écoutais Caillou discuter avec son cousin Rosita. Je sais la phrase est bizarre, surtout les noms. Faut dire que Caillou, ce gaillard tout droit descendu des massifs de la Chartreuse, fait bien ses 120 kg en short et a les mêmes jambes que Lucky Luke. Il doit son surnom à l’aspect poli de son crâne, rien de plus. Alors que Rosita, lui … C’est sûr qu’en lisant « Rosita, lui », vous allez vous imaginer un deux en un ou des trucs du genre. Or non : Rosita, ce « Catalan burro » qui est tout sauf con a une qualité première : quand les deux mi-temps ont été pleines, la troisième le met dans le même état. Du coup en fin de soirée il est capable de nettoyer les 110 m² du club house tout en ventreglisse ! Et l’équipe cuisine qui se demande pourquoi le « Paic citron » descend aussi vite chaque dimanche soir …

 

Comme de l’eau dans la Chartreuse

Mais revenons à la discussion entre cousins. J’entends au ton que les deux sont d’accord et qu’ils pestent à l’unisson. Mais comme les injures remplacent les virgules, les points et même parfois les noms de responsables fédéraux, je commence à comprendre ! Le sujet ce sont les nouvelles dispositions que la FFR pourrait prendre pour réguler la perte des effectifs qui se comptent en milliers de licenciés : on parle de faire jouer les réserves de séries à 10 joueurs sur le terrain et à 12 en catégorie Honneur. « C’est comme si tu foutais de l’eau dans la chartreuse : tu diminues la quantité de produit, tu te régales pas plus et ça devient dégueulasse ! ». Il n’a pas tort le Caillou : entre ceux qui veulent mettre plus de pognon chez le Pro pour que les Basques chantent Egoak en fidjien et ceux qui voudraient nous expliquer mordicus que le Haka descend de la bourrée auvergnate, on ne sait plus à quel rugby se vouer !

 

Pour le meilleur et pour le …

Ils ont raison les cousins. A force de se tromper de priorité et de dénaturer l’engagement des joueurs et des purs dirigeants de rugby, on devient distant du sport roi en se contentant de le salir. Salir pas par méchanceté mais par dépit. On ne sait plus parler de la vitrine de notre sport sans parler d’argent, de collisions et de statistiques individuelles ! Les vérités territoriales n’existent plus au point que les termes de « jeu à la toulousaine » ou « jeu à la toulonnaise » ne veulent plus rien dire. Car le rugby devient le même partout ! Et quand les cousins, sur le ton de la déconnade, racontent comment ils ont grandi grâce à ce jeu et comment il se voient vieillir loin de lui, ça en devient touchant. Rosita de conclure « tu sais, des marchands de vent, y en a toujours eu : chez moi les mecs qui ont inventé la boisson favorite des Aspres, à l’époque ils avaient fait avaler à qui voulait l’entendre qu’elle était tellement tonique et hygiénique qu’elle pouvait se vendre en pharmacie comme un vrai médicament ! ».Un mal pour un bien. Ou un bien pour un bien, pour le meilleur et pour le Byrrh quoi !…

 

Je ne sais pas si le rugby à 10 ou à 12 est de l’ordre de la maladie ou du médicament mais notre rugby est en souffrance. Et si les maux sont profonds, il semble qu’une seule chose puisse le sauver, le retour à une authenticité première, en redonnant aux joueurs et surtout au jeu sa noblesse d’antan. Pour Rosita, pour Caillou et pour tous les vrais qui le méritent et le respirent.

 

Miga Latapi 

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