Rugby sHop
22 février 2019

Protocole commotion -aussi- pour le rugby

Sur la tête ! Je suis tombé -moi aussi- sur la tête. Mes propos ne sont pas cohérents ont-ils dit. Pas nouveau …

Ils disent que je devrais m’en sortir. J’ai ramassé. Je recouvre la mémoire petit à petit mais j’ai des soucis de perception. Je vois des trucs que je pense comprendre mais en fait non. Il y a des mouvements qui me semblent familiers mais très vite ils deviennent confus, comme décalés ou inappropriés. Comme si quelqu’un avait changé la donne. Un gars qui aurait la main et qui pourrait décider de tout :

« Bon allez, vous allez devenir cons et rentrer dans les murs ! Puis vous allez jouer à un jeu qu’on va appeler rugby mais qui en fait sera pas du rugby. Il sera juste plus chiant, un peu comme les échecs mais la stratégie en moins. Un jeu où les Anglais pourraient gagner puisqu’il n’y a plus de place à la créativité, où tout est calculé, calculable, prévisible, prévu. Et vous les Français, vous allez faire comme eux. Mais ça sera plus dur car vous n’êtes pas comme eux … ».

Même si je m’en sors, si ce que je perçois là est la norme, alors je suis foutu. Foutu pour ce jeu et les sentiments qu’il me procure. Et je ne suis pas le plus à plaindre ! …  Dans la chambre j’ai eu du jaune par dessus la ficelle. Mais qu’avec une cocotte-minute. Mais c’est normal, on était mardi.  

 

Le rugby du cheval vert arrive avant Pirlo …

ou

Protocole commotion -aussi- pour le rugby

 

 

C’est arrivé alors que je lisais. Comme un con je lisais des trucs dans des poubelles. Mais si, ce truc qu’on appelle  «  réseaux sociaux ». Parfois il y a du beau mais souvent, très souvent, ça pue, c’est sale, grossier et irrespectueux. J’ai donc fait l’erreur de me pencher vers ce vide nauséabond et je suis tombé. J’ai dû prendre un pet au chapeau car je ne me souviens de rien. Ou presque …

Quel jour on est : vert ou grand ?

 

 

Tout est flou. Comme faux, fou aussi.  De vagues souvenirs lointains d’un monde ovale défilent avec pourtant de vraies couleurs vives … J’ai des images de mouvements mais très brouillées, comme voilées, déformées. Mais vraies. Je vois un truc un peu bourru certes, mais généreux, sain. Une espèce d’allégorie paradoxalement simple et complexe où les éléments d’un tableau imaginaire et vivant à la fois bougent et ne trouvent leur force, leur puissance qu’au cœur de « la danse du collectif ». Je perçois des figures différentes avec des formes généreuses, plutôt rondes, pataudes même. Elles avancent  … Des grandes tiges toutes de guingois aussi mais qui vont haut … Même des petits, animés d’une vivacité folle et qui parlent beaucoup … Enfin y a des beaux, des esthètes, élégants jusqu’au bout de chaque geste qui ne sont qu’arabesque et une ode à la poésie jusqu’au dernier doigt qui offre le ballon et termine sa courbe comme on signerait une œuvre d’art.

J’ai perdu mon cartable mais j’ai pris du chat…

 

J’entends des sons … Des cornemuses qui sortent des entrailles de Murrayfield et des fleurs d’Ecosse qui fleurissent des tripes de ceux qui le remplissent. J’entends un bruit de train avec des roux autour et une foule qui, barrière levée, a droit au fighting bonheur de pénétrer dans l’antre de Lansdowne Road ; et d’applaudir Slaterry qui plaque et Gibson qui relance ! Je vois dans un Parc, des Princes et des gaillards qui n’ont peur de rien, pleurer aux armes, hurler aux larmes, coq au cœur et poings serrés sur l’arrière du maillot de leurs coéquipiers serrés. Je vois le maillot numéro 8 qui m’appelle et qui m’attend et je m’entends rire et m’espanter de l’avance sur son temps d’un Zinzan Brooke, capable de tout faire.

Quel âge elle a la vache à flèche ? Le bus l’attend …

 

Et puis il y a ces pensées folles qui m’habitent, qui me hantent parce qu’elles sont miennes et que je les voudrais universelles voire plus : ces petits côtés qui ne demandent qu’à grandir, ces fameux « fermés » que seuls les vrais aventuriers parviennent à ouvrir. Je jubile de ces renvois 22 joués comme une connerie sans se faire gauler. Comme un « 22, les flics ! » où l’on s’escamperait rapidos en jouant le coup entre les guiboles pour un complice qui, de passes en passes n’irait jamais en prison avant d’atteindre la terre promise. Je vois même du jeu au pied qui nous fait prendre le nôtre !

C’est aussi efficace avec le gonze qui n’est pas con pour rire !

 

Je vois des hommes qui jouent à être des joueurs ; j’entends une Marseillaise qui s’élève et nous élève dans le ciel d’Armandie comme si elle était pour nous. Peut-être l’était-elle …

 

Et si le haut niveau c’était ça ? Juste des histoires de potes qui se marrent, qui deviennent fous ensemble mais d’une démence créative et communicative. Au point d’en inventer un rugby nouveau, enjoué, imprévisible où tous les codes ont changé ?!! Aujourd’hui les systèmes sont partout les mêmes et c’est la course à l’armement qui décide, souvent en Euros, qui gagnera la timbale ! Et pire, si le rapport à la victoire n’est pas « que » lié au portefeuille, il dépend de la meilleure robotisation, du joueur et de l’équipe !

Et on bade les British ? Et on s’émerveille sur ces armées juste parce qu’ils gagnent (pour l’instant) ?!! Mais qui, lesquels d’entre vous qui ont connu le rugby d’avant l’argent, qui donc peut avoir envie que la France gagne de cette manière ?!!! Utiliser l’évolution du rugby, se servir de sa modernisation oui ; mais pas au point de dénaturer ce que nous sommes vraiment !

J’ai entendu la purée : elle ne voulait pas de fleurs à cause que ça lui fait mal aux jambes …

 

Aïe ma tête …Mais je rêve, je voulais qu’ils jouent, ils n’ont pas entendu ; Je dédie ces mots aux enfants qui s’entrainent … Je voudrais juste qu’ils jouent, juste qu’ils vivent leur rugby…

 

Miga Latapi

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