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5 janvier 2018

Pleurer

Il existe bien des cas où « pleurer » est une fatalité. Des tragédies du quotidien, des meurtres d’innocents, des en-buts trop petits, le premier quidam venu peut exprimer de fait son émotion à tel ou tel évènement. Même s’il n’existe aucune étude des universités de  Toronto, de Vancouver ou d’ailleurs ayant traité du sujet, on peut penser que pleurer, c’est bien. Pourquoi on parle de ça ici et maintenant ? Mais parce que ! 

Pleurer

 

D’un échange de vœux neufs pour l’année inconnue à venir avec un ami d’obédience ovale, nous en sommes venus, chemin verbal faisant, à nous souhaiter des sourires rieurs, des rires fous et des pleurs. Des pleurs, c’est singulier comme objet de vœux que l’on souhaite heureux, avec enthousiasme et sincérité. Comme nous avions partagé quelques énormes bonheurs de rugby par gamins interposés, notre philosophie bascula assez rapidement vers ces émotions ressenties grâce à ce sport et ces cuves entières de larmes quand les glandes lacrymales fonctionnaient à plein. Comme une évidence …

 

Rire ou sourire aussi …

Pour faire sérieux et vous « culturer un peu », sachez que la sécrétion de larmes dépend d’un phénomène neurologique, qui peut avoir deux origines. Soit un phénomène physique : une poutre dans l’œil, l’épluchage d’oignons (comme quoi l’oignon ça n’a pas que du bon !) ou encore des poussières. Soit un phénomène psychologique : une réaction à une émotion comme la tristesse, la joie, l’appropriation des sentiments du héros d’un film, d’un match …

Dans la famille des émotions de rugby, entraîneur, j’aimais bien parfois me servir de sourires pour aider à une entame de match réussie.  A une époque lointaine donc, vers 15h moins rien, je m’en servais pour détendre les plus tendus de mes joueurs.  En effet, qui ne se souvient pas de ces « trop énervés » dont la décharge d’adrénaline tombait sur la gueule du 2 d’en face dès la première mêlée par le biais du poing de notre 5 encore en mouvement depuis la préparation d’avant match … Mais sourire 30 secondes avant de rentrer, chez certains, ça restait sous une forme très crispée et même le billet de 5 francs prévu pour la masse de la troisième mi-temps ne serait pas passé entre les dents d’en haut et celles d’en bas … Mais ça fonctionnait parfois !

 

Je pleure donc je vis !

Et des pleurs aussi bordel !! Et quand on ne s’y attend pas, c’est plus fort encore … A ce propos, nous nous demandions si on pouvait pleurer avec autre chose que les yeux. Mon ami racontait que son coach nous disait souvent : « si vous ne vous y filez pas, il ne vous restera que les yeux pour pleurer… ». Difficile à dire en effet. Effet papillon ou conséquence plus directe de pleurs de cause ovale pas positive, je sais qu’il m’est arrivé que les bras m’en tombent et que certains s’en arrachent les cheveux ! J’en ai eu aussi parfois les jambes coupées et plein le cul et même jusqu’à m’en bouffer les c… (mais ça c’était quand j’étais jeune et souple; et surtout inexpérimenté…). Il est vrai que si les quantités versées de ce que contiennent les larmes, à savoir des lipides, du mucus (ça file envie non ?…) et un peu d’eau, étaient proportionnelles à certains sujets de notre actualité autour du XV de France, même les plus hauts terrains de France seraient noyés ! Mais revenons à des pleurs plus positifs. Les titres, les montées sont autant de vérités fortes qui libèrent des émotions longtemps cachées derrière le travail cumulé d’une saison, parfois plus. Un premier titre national pour un club par exemple a ceci d’extraordinaire qu’il touche bien plus de personnes que les 22 privilégiés et le staff de l’équipe. Il fédère l’ensemble des équipes et dirigeants qui ont fait en sorte que le club avance des années durant. Et au-delà du moment, qui est bien sûr dantesque,  les acteurs se rendent compte du bonheur absolu que de faire pleurer des gens qu’ils ne connaissent parfois même pas ! Et de ces larmes poussent des vocations, elles magnifient l’identité « club » et font grandir la famille. Et c’est beau à … en pleurer ! Avec des larmes qui remuent le poids de l’instant, de l’Histoire, la valeur du passé et du présent mélangés. La vie quoi …

 

 

A titre très personnel, je me rends compte -l’âge sans aucun doute- que depuis quelques années, je pleure de plus en plus facilement. Et je le vis bien. Souvent. Comme si notre esprit était capable de filtrer l’origine du pleur, je m’épands sur des évènements des miens, des sentiments de personnes aimées. L’acte de pleurer, c’est être en empathie avec le moment, les gens. Il ajoute une notion de partage plus fort, comme un engagement de niveau supérieur à « être avec », « être dedans », ressentir la folie et se rendre compte rationnellement à la fois. Et quand il m’arrive de pleurer sur des choses qui devraient m’être étrangères, c’est que le sujet me ramène à des souvenirs enfouis, des personnes ou des situations qui m’ont touchées… Vous y êtes ?…

Alors en cet an neuf, et même si ça fait vœux de vieux, je nous souhaite, par ce rugby qui nous rassemble, de pleurer ensemble, vous avec les vôtres, nous avec les nôtres et le plus possible pour des moments beaux.

 

 

Miga Latapi

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