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4 mai 2018

On jouait fort …

L’heure des phases finales fait rejaillir des émotions enfouies, des joueurs de légende, des souvenirs forts qui nous ramènent à nos premiers chemins ovales. Des chemins cabossés,  souvent en terre, ornés d’ornières, ils nous renvoient à l’essentiel, à ces moments rudes et rugueux où l’ordinaire du jeu suffisait à notre bonheur. Des moments de rugby bruts, épais, parfois pratiqués par des brutes, épaisses, mais presque toujours par des Hommes entiers et vrais. Venez, humez, ça sent le camphre et le Dolpic … 

 

On jouait fort …

 

Je me souviens … On était à quelques planètes du rugby professionnel. Les staffs ne s’appelaient pas staffs et à plus d’un titre pourtant méritaient « le singulier » : l’entraîneur en chef était tout le temps d’accord avec l’entraîneur des avants. Le préparateur physique ne pouvait pas les contredire. Tout comme le responsable de la défense. C’est normal, ces 4 mecs-là n’en étaient qu’un ! A l’heure des encadrements à compétences exclusives partagées à 7, 8 ou 12 types, cet homme-là les avait toutes ou presque avec une, suprême, au-dessus de tout : la dimension humaine. Et élevée au rang de priorité, c’est en ça que ce type était fort. Car tu ne jouais pas -qu’-avec les infos de ce coach mais de l’Homme qu’il était. Tu jouais par respect pour son engagement, sa loyauté, son dévouement. Et ses compétences aussi ! Car c’est compatible…

 

Les entraînements ?

Le goût de la sueur avant tout. Les tours de terrain étaient la base sans quoi rien n’était possible. Et puis pas un ou deux « manière de » (Bigorre) ! Non, la vingtaine a minima ! Et puis le pluriel n’était pas de mise car il y avait un entraînement unique et c’était le mercredi ! Quelques mêlées emmêlées à quelques ballons « jetés » en touche (par en bas d’entre les jambes …) et quelques passes pour les arrières et c’était bon, on était prêts ! On se rentrait dedans à 15 contre 15 bien sévèrement et hop à la douche avant la garbure faite maison par les dirigeants, partagée au club house qui ne l’était pas encore. Plutôt à l’ancienne école ou à la salle des pompiers bien sûr … Et puis « garbure » pour faire terroir. Car la vérité c’était plutôt des 5/1 versés dans une marmite grosse comme un bac de cryo et remués avec des louches grandes comme des pelles, le tout « concocté » par des cuistots, clope au bec, qui ne savaient pas où était la cuisine chez eux !

 

La stratégie ?

La touche, c’était devant, au milieu ou au fond tè ! On ne levait pas les mecs, interdit. « Lifter » n’était pas un mot de rugby, à peine de tennis. Derrière, c’était simple : sautée 1 et sautée 2 et la « Stade », cette tactique tout en finesse où l’ouvreur faisait péter le centre et basta (tiens on disait déjà « basta » quand on faisait péter un centre !) …

 

La préparation d’avant match ?

Sensibles s’abstenir. Tu savais que la préparation allait très vite vers l’essentiel. Suivant ton tempérament et tes besoins pour bien entrer dans la partie, tu cherchais un binôme complice pour éviter les coups de casque ou un fêlé comme toi si tu aimais ça. Et pour les consignes donc, pas de prise de tête … sauf contre les murs !…

 

La 3ème mi-temps ?

Peu en mode « récup », ton temps de rugby était un vrai exutoire où toutes tes préoccupations de la semaine et du quotidien se voyaient broyées par l’intensité des mi-temps. Les deux premières où tu devenais quelqu’un d’autre, combattant, frère de jeu, parfois flamboyant, parfois foudroyé mais fourbu au final. La 3ème mi-temps maintenait aussi la notion d’engagement mais différemment dans la forme… La bière de la récupération existait peu et le soin immédiat s’exerçait par les plantes. Ainsi, les vertus de l’anis devaient être reconnues car nous en usions et abusions à l’excès. A part en suppo, il eut été souvent difficile d’en ingurgiter plus  …

 

Le rugby ?

Ah oui le rugby ! J’allais oublier … les cassettes de l’époque démontrent combien « les temps changent ». Je ne suis pas sûr que c’eut été mieux avant sur la capacité à faire beaucoup, longtemps et avec une qualité extraordinaire. Un peu comme on dirait en musique, « on jouait plutôt faux ». Pourtant on jouait fort, on jouait vrai …

Pas de comparaisons, pas de nostalgie, pas de « cétémieuavanisme » dans ces propos. Juste se souvenir des belles choses qui ne souffraient pas d’artifices et de contingences extérieures de nature à dénaturer ce qu’était, ce qu’est et ce que devrait rester le rugby : un sport où tu te files avec des mecs que t’aimes pendant. Une passion partagée avec des mecs avec lesquels tu te régaleras à faire le vieux con plus tard avec des « tu t’en rappelles » emplis d’émotions … En fait le rugby, c’est mieux pendant. Alors vous qui pouvez encore bordel, mais prenez, prenez, prenez !!!! Et donnez …

 

Miga Latapi 

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