Rugby sHop
29 juin 2018

Moins de 20 ans : les promesses de l’aube

On dit que le vélo, ça ne se perd  pas : eux, depuis quelques temps, se promènent en roue arrière, sans les mains, en mode acrobatique mais en même temps gagnent des sprints et assurent en VTT, en contre-la-montre et même en montagne, qu’elles soient sud’Af, anglaises ou néo zélandaises! Si seulement la FFR, la Ligue et les clubs pouvaient leur proposer un circuit balisé, long et sécurisé où ils puissent continuer à rouler : le vélo ça ne se perd pas …  Eux, ce sont nos moins de 20 ans. Ils n’étaient pas encore champions du monde quand nous faisions ici le parallèle avec le rugby pratiqué par ces jeunes, celui des Blacks et leur rapport direct à la victoire sur le toit du monde. Plus qu’un bilan, ce titre nous parait la genèse d’un chantier prioritaire avec une finalité incroyable : maintenir cette génération  au plus haut niveau dans cet engagement qualitatif. Mais qui a la main ?…

 

L’équipe de France des moins de 20 ans vient d’éclabousser de son talent le championnat du monde. Au-delà du plaisir absolu et partagé avec ce triomphe (de plus, en battant en finale nos meilleurs ennemis, la perfide Albion …), que pouvons-nous espérer pour cette génération à l’avenir, et plus globalement, existe-t-il des zones d’ombre dans le chemin futur de ces énormes potentiels ?

 

Moins de 20 ans : les promesses de l’aube

Attaquons d’emblée le sujet sous un angle des plus positifs. Nous pourrions citer ici les Bamba, Carbonnel, Laporte, Kolingar, Joseph, Ntamack et finalement tous les autres ou presque. Car oui, ces gamins nés pour la plupart en 1998 ont chacun des prédispositions plus qu’intéressantes pour continuer à tutoyer le très haut niveau (la corrélation entre leur année de naissance et l’effet coupe du monde de foot d’il y a 20 ans sûrement …). S’en tenir à cette seule vérité relèverait du zinc du Zinzin du Zinc ou de Recoleta un vendredi à 19 h. Pourtant, les promesses du rugby pratiqué par ces mouflets dépassent cette simple analyse du potentiel intrinsèque de chaque joueur : il a bien fallu façonner ces diamants bruts et faire en sorte qu’ils brillent ensemble en vitrine. Et comme toujours, c’est sûrement dans l’arrière-boutique que la plus belle partie du travail a dû être réalisée …

 

Juste normal …

Ce jeu debout, aéré, ambitieux nous paraît presque irresponsable et surtout irréel. Irréel car fondé sur la comparaison -facile- avec les prestations de l’équipe de France en Nouvelle-Zélande dans la même unité de temps. Et comme leurs aînés ne jouent plus ce même rugby mais un autre beaucoup plus frileux et emprunté, on s’inquiète. Quand et comment va-t-on couper les ailes des gamins de Sébastien Piqueronnies ? A cette question, nous en préférons une autre visant à acter de vraies mesures pour continuer à espérer le meilleur : comment faire pour que ces forts potentiels puissent continuer à pratiquer ce rugby enjoué, vrai, frais et qui gagne ? Exprimer le fait que ce rugby gagne n’est pas anodin. C’est même essentiel. A l’heure où trop de rugbys dans nos championnats d’élite s’enferment dans des systèmes où l’on pose défense et conquête comme une fin en soi, il est primordial de ressasser que ce rugby, que certains qualifierait de « houra » après un « hou » de désapprobation, est tout sauf fou ! Il correspond juste à l’essence même de notre sport …

 

Assumer ses choix. Tous !

Oui mais voilà, l’unité nationale autour de l’équipe de France est une utopie noyée par les intérêts de pouvoir immédiat des divers présidents, de clubs et d’institutions : « c’est moi qui ai le plus gros portefeuille -ou la plus grande gueule (ou les deux)- et c’est moi qui décide ! ». Ainsi, la Ligue, la FFR en sont à des querelles stériles qui n’abordent pas le sujet avec le recul et l’état d’esprit nécessaires à cette priorité absolue. Pire, seuls les intérêts immédiats comptent (je veux être champion cette saison et j’achète le plus beau joueur Black ou Fidjien !). Et pis encore quand les entraîneurs, censés avoir la main sur le jeu pratiqué par leur équipe, n’ont que trop peu en tête l’intérêt supérieur du rugby français. Leur préoccupation est (légitimement ?) ailleurs : comment gagner vite et bien (ou pas d’ailleurs) pour éviter l’éviction façon football avec les moyens forts que m’a donnés mon président ?!

 

C’est donc ici important de souligner encore et encore que le talent de nos joueurs, associé à un projet de jeu ambitieux, ça gagne bordel. J’entends encore les mots de Seb Piqueronnies dans sa préparation de finale du championnat du monde : «ce match, on l’aborde comme d’hab, avec l’intention d’attaquer tout le temps, d’attaquer partout, d’attaquer fort !!». On est en droit de se dire que si les volontés sont là à tous les niveaux, on ne voit pas comment notre rugby ne s’installerait pas une place préférentielle, pourquoi pas, soyons fous, en partageant un fauteuil avec les Néo-Zélandais dans le grand salon principal du rugby mondial ? En oubliant volontairement un élément fondamental (le fait que l’éducation en Nouvelle-Zélande propose 1h30 de sport par jour, soit 5 fois plus que chez nous, c’est juste énorme en terme d’acquisitions motrices … ou de manque !), on peut raisonnablement être optimistes et se dire que les promesses du rugby maitrisé et volontairement offensif de ces gamins qui n’en sont qu’aux balbutiements de leur carrière pro, on peut y croire. Croire à un avenir où, par le jeu, grâce au jeu, tous les amoureux du rugby de France se retrouveront derrière une équipe de France forte, engagée et dotée d’une force communicative.

A l’aube de leur carrière, la génération championne à laquelle on se doit d’ajouter les Dupont, Jelonch, Jalibert et consort semble en mesure de relever ce défi mondial.

Romain Gary, dans son roman éponyme, raconte de façon autobiographique la relation avec sa mère qui lui a permis de vivre 1 000 vies et de les réussir toutes. Puissent nos instances, mères de nos jeunes, leur permettre de vivre la leur avec le plus beau des destins.

 

Miga Latapi 

PartagerShare on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *