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18 janvier 2019

La vie des entraîneurs pros n’est pas un long fleuve tranquille. Celle des entraîneurs « du rugby d’en bas » non plus !

Franck Azema, Jacques Brunel, Christophe Urios, Marc Lievremont, Vern Cotter et quelques autres entraîneurs pro m’inspirent un sentiment d’empathie fort. Comme si on pouvait boire un coup et discuter ensemble des heures, de rugby et de tout autre chose. Certains coachs du rugby d’en bas, et ce n’est plus une impression mais une réalité constatée, sont -aussi- des mecs incroyables avec une passion inébranlable et des compétences sur le plan humain mais aussi techniques parfois soupçonnées.

Leur cadre d’activité aux uns et aux autres est obligatoirement différent dans la forme (et dans les fonds …). Mais dans … le fond, ils sont bien les mêmes et aspirent aux mêmes petits bonheurs …

 

La vie des entraîneurs pros

n’est pas un long fleuve tranquille.

Celle des entraîneurs « du rugby d’en bas » non plus !

 

Un récent reportage d’un magazine spécialisé fait état d’un sondage commandé par Tech  XV, le regroupement des entraîneurs et éducateurs de rugby. Il traite des répercutions de l’activité des entraîneurs pros et de leur ressenti sur le sujet.

Autorisons-nous un regard amateur, mais néanmoins légitime, sur les éléments publiés et apposons-y les réponses des entraîneurs du rugby d’en bas …

Il est bon de préciser que les deux sondages ont été réalisés :

. pour le milieu pro : sur 117 membres de staff de clubs,

. pour le monde amateur sans droits télé : sur un panel représentatif puisqu’il se base sur plus de 35 ans de vécu et plus de 500 mecs croisés, entraîneurs et éducateurs dans ce laps de temps.

 

Le stress

– Plus d’un entraîneur pro sur deux se dit stressé. 

– 100 % des entraîneurs non-pros ne le sont pas moins

Comment ne pas l’être ? A n’importe quel niveau ! L’incidence plus forte, pour le milieu professionnel réside dans le fait qu’est en jeu leur principale source de revenu. Pour le monde amateur, c’est différent. Pour la plupart, l’enveloppe, quand elle existe, passe en partie dans la mi-temps qui n’est pas contée dans le journal du lundi. Mais elle compte le dimanche soir pour valider certaines vérités de celles de l’après-midi, que le match ait été source de petit bonheur ou de frustration. Faut bien l’évacuer ce stress …

 

Le sommeil

– Plus de 40% sont impactés sur leur sommeil.

– 103% des entraîneurs des terrains boueux aussi !

L’entraîneur qui dit dormir sur ses deux oreilles à longueur de saison est au mieux un fanfaron, au pire un menteur ! Celui qui entraîne au sens de « vivre et faire vivre une aventure aux siens en terme de résultats et d’état d’esprit », celui-là ne dort pas du sommeil du juste. Pourtant juste et honnête il l’est ! Mais il est habité. Et être habité par la fonction, ce n’est plus être un mec qui sait et qui fait galoper des types. Être habité, c’est être un Homme qui partage un vécu, des connaissances avec d’autres Hommes pour prendre ensemble le plus de petits bonheurs possibles. Et là, tout est différent …

 

Le plaisir

– Plus de 3 entraîneurs sur 4 prennent du plaisir.

– 121% des entraîneurs-managers-psy-diététiciens de fédérale de série et d’entraîneurs de jeunes se régalent !

Le plaisir … Quand tu joues, tes matchs sont synonymes d’impacts, de coups, de pets qui font partie des petits tracas mais qui ne sont pas si mauvais à vivre. Pas si mauvais car ils te rappellent que tu as joué, partagé des choses avec des potes et donc que tu as été vivant.

L’entraîneur vit la même chose en amont. Proposer des entraînements construits pas toujours positifs in fine, composer des équipes en laissant des mecs sur le côté, batailler avec les dirigeants pour tel ou tel choix à mettre en place pour le groupe, c’est pareil ! Dans plaisir, il existe tous ces éléments qui ne sont pas tous faciles, évidents et qui dépassent largement le cadre du loisir futile. On devrait parler plutôt d’énergie, d’investissement, d’emmerdes associées à régler avant le moment de vérité. Mais qui font partie du plaisir dès lors que la vérité du terrain est partagée avec les principaux belligérants. Et pas spécialement dans la victoire, même si celle-ci ne gêne en rien … L’idée, c’est batailler ensemble : ils sont meilleurs ? Ok. Mais voyons quand même comment on peut les rendre moins bons juste en allant au bout de nous-mêmes …

Voilà le plaisir de l’entraîneur, le vrai !

 

 

Les répercussions sur la vie perso

– Plus de 3 entraîneurs sur 4 ont leur vie perso affectée.

– 300 % des entraîneurs du rugby d’en bas ne vivent -presque- que pour ça !

Quel que soit le niveau, la fonction est chronophage. Obligatoirement, la vie de famille est rythmée par les rendez-vous ovales. Il y a une autre vérité qui dépasse les temps calés d’entraînements et de matchs. L’entraîneur vit et pense rugby bien en dehors des moments physiquement partagés avec ses joueurs. Un peu comme la pré action, la lecture et les choix en amont valident la réalisation du geste juste pour le joueur, tout ce qui précède les moments qui comptent hantent l’entraîneur. Qu’il soit pro et payé, pas pro et défrayé ou encore pas pro et pas défrayé, l’entraîneur est en questionnement permanent. Et en recherche de réponses et de certitudes. Et de certitudes communicatives !

 

 

Les salaires, les défraiements sont évidemment un secteur de la fonction d’entraîneur où les écarts sont importants entre le monde professionnel et le monde amateur. En revanche, le niveau de compétences des uns et des autres est discutable et n’a pas le même rapport. Ainsi, on trouvera des coachs aux compétences certaines dans des clubs de fédérale, de série ou même chez les jeunes et inversement, les compétences des staffs pros ne sont peut-être pas si évidentes et en corrélation avec le niveau parfois …

S’il est un domaine qui ne souffre d’aucune différence, que l’entraîneur soit champion du Monde ou de France ou qu’il soit coach vrai des clubs de nos campagnes, c’est bien celui de la passion. Et restons-en persuadés, plus que dans les chéquiers de présidents mégalos, c’est bien là que se situe la richesse de notre rugby. A jamais …

 

Miga Latapi

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