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2 mars 2018

La main dans la purée !

Pierre Gustave Gaudermen est né en 1882 et mort en 1948. Pour certains, ce nom évoque un joueur de rugby, un courtier en vin, un as de l’aviation durant la 1ère guerre mondiale ou encore un éminent dirigeant de la FFR. Nous nous intéressons ici au challenge qui porte son nom. L’action se situe dans les années où le rugby de haut niveau était encore un sport et pas encore un spectacle. Notre focus cadre ici une anecdote anodine d’un match insignifiant d’une saison quelconque dans les années 80. Tout est tellement anecdotique, anodin, insignifiant et quelconque, que 25 ans après … Et vous allez passer à côté ?!! Avancez les gars… Avancez !…

 

Le rugby, le vrai, a toujours été porté par une ferveur populaire et avec elle, quelques expressions bien senties pour chacun de ses secteurs. Ainsi, et même si ces expressions relèvent d’autres champs lexicaux que de ceux de nos vertes prairies, nous en faisons tous de gorges chaudes : « La cabane est tombée sur le chien », « la cuillère de bois », « le chat est maigre », expressions ou dictons, notre jeu sent (sentait ?) bon la campagne, la bonne tambouille et les vérités vraies ! Certaines méritent qu’on s’y arrête … Un verre de Byrrh à la main entre copains …

 

La main dans la purée !

 

Qui se souvient du challenge Gaudermen de l’époque ? Voici une ou deux décennies, peut-être trois, oui trois plutôt … Le haut niveau qui n’était pas encore très Top et beaucoup plus que 14, s’appelait alors « Groupe A ». Les équipes cadets des clubs concernés, pendant que leurs aînés jouaient le challenge Yves du Manoir, se rencontraient également en lever de rideau.

L’esprit du Du Manoir …

L’esprit du Du Manoir se voulait proche de celui des Barbarians que tout le monde connait, avec une certaine idée du rugby. De cette philosophie de niveau supérieur qui fait que les hommes peuvent batailler 80 mn durant à se rentrer dans la meule et être donc assez cons pendant et bons après pour boire un coup ensemble. Voire deux … L’esprit du Du Manoir allait plus loin encore en proposant aux opposants de manger aussi avant le match !

On a beau être d’un beau sport avec un super état d’esprit, nous ne sommes pas tous égaux devant la capacité à partager jusqu’aux couverts avec le type auquel tu vas tenter de bouffer la rate une fois la digestion terminée ! Mais c’était ainsi et là où certains pouvaient y prendre un certain plaisir, d’autres avaient la déglutition compliquée …

Notre histoire nous ramène sur le dernier entraînement d’un club du sud de la France, pas la peine ici de dire que c’est au Stade Toulousain. Pas d’intérêt non plus à préciser que l’on parle là de l’équipe cadet du club rouge et noir des années 1983 ou 1984, ceci n’a pas d’importance. Comme de dire que la discussion est menée par un dirigeant historique au Stade Toulousain, que je ne nommerai pas, même si Jean Manu Forteza, pilier stadiste de l’époque, doit se régaler de savoir que nous rendons ici hommage à son père, Jean Claude …

 

Et puis quoi encore !

« Les gars, dimanche on joue en challenge ok. Le Du Manoir ce n’est pas le championnat ok. Sachez quand même que vos entraîneurs ont de la mémoire et que celui qui se trouera dimanche risque de regarder si on voit bien le match des tribunes la semaine prochaine … ».

Gentiment, notre homme commence à faire en sorte que les mouflets ne se préparent pas à la fête à Neu-Neu mais bien à s’otticher pour la gagne ! Quand t’es dirigeant, tu aimes bien « concerner » les tiens …

 

« Par contre les mecs, vous le connaissez le cinéma du Du Manoir, ce n’est pas un rencard comme les autres : y aura par-là les gars de l’équipe 1 et je ne veux pas que vous passiez votre temps à demander des autographes à  Serge Laïrle, Guy Novès ou encore Thierry Merlos ! On n’est pas là pour peler des figues et on ne va bader personne !… ».

Les dirigeants proches, passionnés et investis n’aiment pas les éléments extérieurs qui te parasitent l’essence même de leur investissement, l’essentiel : tordre les autres !

« Dernier truc, vous le savez, ils vont nous faire bouffer avec les gars contre qui vous allez jouer après ! Et pire les mecs : vous allez manger en face de votre vis-à-vis ! Et le type, j’espère bien que vous n’allez pas le laisser tranquille à déguster ses carottes râpées et son jambon ! Les gars, le match il commence là ! Vous allez leur foutre la main dans la purée ! Qu’ils comprennent déjà à table l’après-midi qu’ils vont passer en suivant ! Vous leur foutez la main dans la purée !».

Et là papa, tu pouvais être tranquille, tu n’étais pas sûr de gagner mais tu savais que tu allais être présent au combat !…

 

Alors évidement que le temps a patiné les mots et que l’histoire, colportée de saisons en saisons, a sûrement vieilli, dans la forme peut-être. Parce que dans le fond, quel bonheur d’écouter ou de lire ces instants authentiques, ces  vrais moments partagés qui rendent ce vécu si singulier et la relation entre les Hommes indéfectible à vie ! La preuve, 25 ans après, on en rit encore comme d’un hommage sincère, d’une émotion vraie. Et de là-haut, l’Homme en question ne sait peut-être pas que quelque part par-là, des paras, quand ils partent en opération militaire, lui rendent aussi cet hommage avant l’assaut … « La main dans la purée les gars, on va leur mettre la main dans la purée bordel ! ».

 

Miga Latapi

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