Rugby sHop
5 avril 2019

Fidèle

L’évolution du rugby interpelle notre intellect et perturbe nos sens. Ce que l’on voit (pas qu’au vidéo arbitrage), ce que l’on entend (pas que des sonos dans les salles de spectacles où l’on joue au rugby), ce que « l’on touche » (plus le cuir), ce que l’on sent (pas le camphre), ce que l’on ressent surtout, trouble notre perception de la vérité. De notre vérité. De la vérité de chacun. Celle de Clément Poitrenaud, d’Aurélien Rougerie par exemple semble en adéquation avec notre discipline. Avec une forme de fidélité qui devrait se retrouver à tous les niveaux décisionnaires du rugby.

Notre sport, fort de l’importance des notions de solidarité, de générosité, d’altruisme, d’une forme d’intelligence, devrait nous mener aux mêmes comportements positifs pour atteindre les mêmes objectifs. Seule la forme des moyens serait différente car elle serait liée à la culture historique et identitaire des clubs. Fondamentalement, notre sport est bon, au sens noble du terme. L’homme aussi.

Vite repoussons nos limites pour aller loin dans la quête de ce Graal qui fait du rugby juste un moyen de nous rendre meilleurs, vite repoussons les cons qui prennent le rugby pour leur jouet et qui n’ont pas compris. Ou qui ne veulent pas comprendre …

 

Fidèle

 

Le progrès c’est bien ; a priori. Vivre avec son temps, avancer avec les nouvelles technologies, c’est bien ; normalement. Aller chercher un confort supplémentaire, améliorer le quotidien, c’est bien ; sûrement.

L’esprit léger, un peu drogué par la victoire du Stade Toulousain, dans mon nouveau canapé, les pieds sur mon fauteuil club vintage, sirotant mon deuxième Byrrh de plaisir, mon esprit vagabondait entre le petit bonheur d’avoir vu le Stade Toulousain « faire du Stade Toulousain » et ce qui comptait vraiment. Car oui, qu’est-ce qui compte vraiment ?…

En me servant mon troisième Byrrh, avec modération pour ne troubler ni le liquide ni mon esprit, j’en arrivais aux conclusions suivantes :

Le jeu de l’équipe de France

On veut copier les Blacks, s’inspirer des anglo-saxons et pratiquer ce rugby stéréotypé, robotisé à l’extrême. Les décideurs seraient-ils si cons pour espérer un jour nous voir moins latins, capables de répéter jusqu’à se faire des esquarres, des gestes, des temps de jeu et des schémas tactiques comme des machines ? Un maximum d’implication, oui. Utiliser les nouvelles technologies pour qu’elles servent la cause, ok. Un copié-collé d’un modèle qui n’est pas dans l’ADN des Gaulois que nous sommes, non ! Travailler dur pour rester nous-mêmes, oui ! Et faire ce choix, c’est fort et beau.

 

Le derby basque

Le basque est basque (notez-là celle-là, vous n’allez pas vous en souvenir). Le basque est fier de sa basquitude. Mais le basque qui est de l’Aviron, il est de l’Aviron ; Et le basque qui est du BO, il est du BO. Alors les espoirs de fusion, le jeune à la bayorrote ou le jeu à la biarronaise, on n’est pas près de le voir ! Et c’est tant mieux. Et faire ce choix, c’est fort et beau.

 

Les entraîneurs étrangers

Allons chercher des compétences ailleurs. Des compétences de quoi ? Prendre des idées ailleurs et se les approprier, oui. Utiliser le cadre, des méthodes de l’extérieur, qu’elles soient d’un pays étranger ou d’un autre sport, oui. Mais notre formation a plus de qualités que ce qu’il se dit en vitrine et nos techniciens sont loin d’être des peintres. Vous en connaissez même de très performants (y compris dans le rugby amateur, cherchez bien près de chez vous …) et des managers de qualité qui sauront utiliser les bons leviers justement parce qu’ils sont français et qu’ils savent appréhender la singularité de nos joueurs. Et faire ce choix, c’est fort et beau.

 

Le jeu du Stade Toulousain. Et de Toulon ! Et de … Et de … 

Je revense, demant von 7ème Byrrh à ce Strade Troucousins. Non je déconne, je n’en suis qu’au 5ème et en plus c’est du bonheur liquide qui ne contient que des plantes donc ça soigne plus que ça ne saoule. Je repense à ce match contre le Racing. Et si le Stade avait perdu ? Et si le Stade perdait en demi-finale du Top 14 ? Les vendeurs de papiers glaçants et les bas du front vont très vite souligner que les rouge et noir n’ont rien gagné et que c’est une saison blanche, vide, nulle. Que nenni ! Car le Stade, ce Stade-là va jusqu’au bout de ce qu’il est vraiment. Il est fidèle à son identité qui le veut joueur, beaucoup, debout, de loin, avec une adhésion de tous sur le terrain. Avec une conséquence immédiate terrible (pour l’adversaire) : la prise de risques supposée n’en est plus une et devient une opportunité de tous les instants. Et le danger change de camp et passe chez l’adversaire, au départ à 80 ou 90 mètres de l’en-but mais qui parfois se termine dans son propre en-but ! Qu’il fasse 6 ou 10 mètres …

 

Il existe foultitudes d’exemples, à tous les niveaux,  de cette recherche d’équilibre dans l’orientation de sa carrière, de son club, de son jeu entre « aller plus haut » et «aller plus haut à n’importe quel prix ». Est-ce cet élixir Catalan au quinquina qui va bientôt dépasser le cadre des bars pour être vendu en pharmacie, en pommade ou en suppo ? Est-ce cette envie de vérité identitaire au-delà de tout, le besoin d’être fidèle à ce que l’on est vraiment ? La vérité est là : choisir d’être soi-même ! Choisir de respecter ses origines, les fondements de son engagement ! Choisir de porter haut le sentiment d’appartenance à ce que tu es vraiment, toi et les tiens ! Car perdant ou gagnant au planchot, le combat vrai des Hommes sera toujours supérieur à celui de simples joueurs qui subissent leur destin !

Vivre -ou mourir- le rugby -son rugby-, ensemble, au plus haut niveau possible…

Miga Latapi

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