Rugby sHop
16 mai 2019

Et même ne rien faire. Mais ensemble …

En rugby aussi et bien au dessus du jeu, le proverbe »si jeunesse savait, si vieillesse pouvait », c’est fort. Nonobstant cette vérité, il existe des personnes d’un âge certain qui peuvent. Qui peuvent surtout dire qu’ils savent. Même si leurs affirmations datent, si leur vision sur ce que vivent les jeunes rugbymen s’inscrivent en sépia, il est bon d’aspirer encore à croiser cette jeunesse qui vit et leur envoyer du « à l’époque … ». Des fois qu’ils prennent et comprennent. Mais pas en donneur de leçon ou en « cétémieuavanisme », non : juste pour les aider à vivre plus fortement encore leur présent. Le leur, et pas celui qu’on voudrait vivre à nouveau à leur place ou pire encore : le nôtre…

 

Et même ne rien faire. Mais ensemble …

Petit, on avance en noir et blanc, ou tout est tout noir ou tout blanc et on a zéro certitude. Environ. Au rugby, sur le terrain, l’affectif est le premier problème rencontré chez les débutants avec la peur du contact avec l’adversaire, avec le sol aussi. Et sans le vaincre, il est difficile … d’avancer et de se construire !  Dans ton habit de joueur de rugby, parfois trop grand pour toi, le « avaaaaaance » des éducateurs et parents effraie plus qu’il ne motive : « mais ils ne veulent pas ceux d’en face » !

A contrario, certains, peu, arrivent à avancer, tout fous, dans un comportement « cubérique » (ne cherchez pas, c’est une espèce endémique du Nord-Ouest toulousain). Pour eux, la peur n’a pas encore de place dans une si petite tête. Et n’en n’aura jamais d’ailleurs même si la tête, elle, grandira bien de son côté en hiérarchisant les priorités, du jeu et de la vie qui sont parfois les mêmes …

 

Toi et demi

Puis tu grandis, et grâce à ce jeu, tu comprends vite tout. Tes potes sont tes bras et tes jambes et te font tenir debout, solide, le port altier même parfois. Alors tu gagnes en assurance, alors tu t’affirmes.

Avec ces batailles successives, le rugby t’aide à te forger un caractère. Parfois tu te sens même fort.

Mais tu n’es pas dupe. Tu sais très bien que t’es fort parce qu’avec toi y a Paulo et que Paulo il a, à 10 ans à peine, la voix de Grand Corps Malade. En face ils ne font pas les marioles … Puis il y a Jo et ses épaules à la Miorin avec qui tu te sens pousser des ailes. Alors tu oses comme si tu n’étais plus toi mais un mec plus gaillard, plus sûr de lui encore. Toi qui as encore un peu peur dans le noir, tu oses plaquer un mec avec l’épaule, bien bien appuyée même. Et si ça chamaille t’aurais même tendance à avancer. Ben tè : y a Paulo et Jo à tes côtés !

 

Tout et même plus …

T’es pas le plus rapide ? T’es pas le plus costaud ? Qu’importe, avec ton gabarit « moyen moins » tu t’y files. Conséquence directe, les gros et les anciens t’aiment bien. Tu es un cador et tes qualités te permettent de faire partie de l’élite, c’est une chance, régale-toi. T’es mal foutu et tu cours de travers, c’est peut-être une chance aussi ! L’important c’est que tu « avances en amitiés » avec ces mecs, tes potes, sans calcul, sans en rajouter. Ceux qui l’oublient ne s’en remettront pas mais la philosophe de ce jeu est au-dessus de tout : que le niveau soit celui de la télé ou celui de ce terrain cabossé tracé à la chaux, plus qu’une fin en soi, le terrain devient un prétexte pour passer du temps ensemble… Parfois à ne rien faire, mais ensemble. Et ne rien faire mais ensemble, paradoxalement, c’est beaucoup…

Le rugby tu sais que c’est un moyen d’avancer. Avec un cadre. Ce cadre c’est « l’humain » : tu sais que tu fais « par les autres » et « pour les autres ». Tu as même compris que seul tu n’es rien. Alors aller jouer ailleurs, ok mais pourquoi faire ? Pour jouer à un meilleur niveau ? OK, mais assure-toi que tu vas trouver des potes et pas que des joueurs avec qui galoper. Sinon tu vas être déçu. Mais tu le sais car le rugby ne t’intéresse que parce que tu le partages avec des vrais, des mecs pour qui tu es prêt à tout. Et même plus !

 

Mais va, je sais bien que tu en assez de ces histoires. Va rejoindre Paulo et Jo va. Allez vite « ne rien faire ensemble ». Et dépêchez-vous de ne rien faire ensemble ! Ça ne dure qu’une vie …

 

Miga Latapi

PartagerShare on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *