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7 juillet 2017

Et le Kiwi rugit…

On s’amuse avec ce faux combat d’animaux entre le Lion, le roi de la jungle et ce pauvre kiwi, animal endémique de la Nouvelle-Zélande qui ne peut même pas voler. Mais la planète ovale est une autre jungle et ses vérités sont tout autres. Chamboulée la loi du plus fort ! La bande des Lions des équipes d’Angleterre, du Pays de Galles, de l’Irlande et d’Ecosse va combattre les Kiwis. Certes le patois et le french flair ne sont pas de mise mais quand même, de France, nos consciences ovales doivent être éveillées à cette occasion pour savoir, in fine, qui est le roi…

 

Et le Kiwi rugit…

En cette année 2017, depuis le 3 juin dernier et jusqu’à ce samedi 8 juillet, les Lions britanniques, équipe de rugby composée des meilleurs joueurs gallois, irlandais, écossais et anglais, sont donc en Nouvelle-Zélande pour marcher sur l‘équipe nationale la plus solide et spectaculaire du rugby mondial.
Depuis ce 3 juin, Warren Gatland, entraîneur néo-zélandais des Lions, lutte contre les Blacks et compose les différentes équipes avec pour base une liste de 41 heureux, pour que cette très longue tournée soit un succès. 41 heureux, surtout depuis samedi puisque les hommes du capitaine Warburton ont réussi à remporter le deuxième test (24-21) après avoir été largement défaits lors du 1er test (15-30). Inutile de revenir sur le carton rouge de Sonny Bill Williams samedi, sur la pluie, sur les échecs de Bauden Barett, la presse l’a assez fait. Il n’empêche que si l’ensemble de ces aléas et l’arbitrage sévère de M Garcès (critique objective et positive ici, et aucunement à charge…) envers les hommes de Steve Hansen a permis aux Lions de rugir un peu, comment cette osmose entre ces 4 pays est-elle possible ? Et peut-elle l’être à court terme et aboutir à une historique deuxième victoire ?…

 

Frères jusqu’où ?

Le groupe est donc composé de seize Anglais, douze Gallois, onze Irlandais et deux Écossais parmi lesquels on ne compte pas les Laidlaw, Russell, Hartley, Ford, Zebo, Heaslip, les frères Gray et Brown. Passe. Notre propos va plus loin : Comment ce groupe devient une vraie équipe alors que la vérité du Tournoi les oppose depuis plus de 100 ans ? Pire, l’Histoire, la grande, témoigne de bons nombres d’exemples où les Anglais, notamment, ont été les pires ennemis de leur voisins britanniques et irlandais. Ainsi, même si les anecdotes ont fleuri au fil des ans dans une rivalité entre la riche Angleterre et les « pays pauvres » voisins, le rugby a été marqué par ces querelles mais en a aussi retiré une forme de noblesse.
Par exemple, le célèbre discours de Phil Bennett, capitaine du XV du Poireau en 1977, témoigne de la rivalité entre les deux pays au moment où le Pays de Galles rencontre le XV de la Rose : « Regardez ce que ces bâtards ont fait de notre pays. Ils nous ont pris notre charbon, notre eau et notre acier. Ils achètent nos maisons. Et qu’avons-nous en échange ? Rien. Nous sommes exploités, violés, contrôlés et châtiés par les Anglais. Et c’est contre eux que vous allez jouer aujourd’hui ! »
Quatre ans plus tôt, l’emblématique 3ème ligne aile de l’équipe d’Irlande Fergus Slattery raconte ce match de 1973 alors qu’en Irlande du Nord, les affrontements entre les groupes paramilitaires républicains et l’armée britannique ont fait rage : 480 personnes avaient été assassinées l’année précédente, dont on se souvient encore comme la période la plus sanglante du conflit… «  Quand les Anglais sont entrés sur la pelouse, sur notre terrain, à Dublin, le stade les a applaudis comme jamais je ne l’ai entendu. Le bruit était bien plus fort que pour nous mais j’étais ravi. Ils le méritaient. C’est bien la seule fois que les Anglais ont été plus applaudis que nous. »

 

Plus fort qu’une sélection nationale ?

Contre toutes ces fortes turbulences historiques, les Lions sont le dénominateur commun à tous les bons côtés qu’a le sport, en l’occurrence le rugby, dès lors qu’il s’agit de choisir l’argument suprême : bien au-dessus des considérations politiques, religieuses ou autres, les Lions arrivent à sublimer depuis toujours les joueurs qui pourraient, en toute logique, se haïr de par les historiques oppositions entre leurs pays respectifs. Ainsi, on a l’impression que la sélection nationale passe en retrait par rapport à « l’entité Lions ». La vérité sportive ne dit pas le contraire mais je serais curieux de connaître l’avis des 41 soldats. La réponse du moment irait en ce sens, mais jouer après « Flower of Scotland » pour un Ecossais, après « l’Ireland’s Call » pour un Irlandais ou après le « Land of my Father » pour un Gallois, on doit sûrement être moins suisse dans ces moments-là qu’à n’importe quel rendez-vous ovale…

Le fait est que samedi, ils ne seront pas sur la terre de leurs pères, et ils auront à se tenir debout, épaule contre épaule, car il y a plus que la fleur d’Écosse qui va piquer. S’il pleut peu, si Romain Poite arbitre l’esprit, si Beauden Barrett bute bien, ou même avec un seul de ces paramètres, et même peut-être avec aucun des trois, il semble très possible, malgré leur capacité à s’aimer – un peu -, que Britanniques et Irlandais subissent une lourde défaite. Et les lions de rougir !… Et les Kiwis d’entamer leur traditionnel cri. Celui de la victoire…

Miga Latapi

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