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7 décembre 2018

Épaule du milieu, épaule du pauvre !

L’idée n’est pas encore de s’enfermer dans un passéisme béat qui sentirait trop fort la naphtaline et le cuir des ballons d’antan. Le sujet est justement d’un avant-gardisme dingue avec une accroche simple : « c’est possible ». De ces vieux et majestueux wengés ne fabrique-t-on pas de magnifiques objets de lutherie et autres sculptures? Pourquoi ne pas espérer de ces monstres de muscles un jeu créatif et inspiré ? Jouer un rugby de mouvement, c’est possible ! Trouver des espaces avec comme prédispositions de les chercher, c’est possible ! Messieurs les techniciens, soyez fous ou perspicaces, c’est selon. Redonnez au jeu sa vraie place : la première.

Le rugby moderne c’est bien. Voilà c’est dit. Pourquoi ? Parce qu’il nous permet de le comparer avec le rugby d’avant, voilà pourquoi ! Et le rugby d’avant c’était comment ? C’était comme c’était mais c’était vrai. Vous trouvez l’argument un peu léger ? Ou un peu lourdaud ? Alors fonçons !

 

Épaule du milieu, épaule du pauvre !

 

Qui s’est amusé à regarder les matchs « de l’époque » sur ESPN sait combien la plupart des rencontres pouvaient être pauvres en temps de jeu et en spectacle. Reste néanmoins à définir la définition de pauvreté rugbystique et la notion de spectacle …

 

Statistiques individuelles : une hérésie !

Car peut-on aller vivre un match de rugby comme on va voir une compétition de trial indoor ou aller applaudir un one man show de Vincent Moscato ? Je dis non. Et même au contraire ! Ce qui nous plait dans ce sport, c’est comment les mecs sur le terrain deviennent des hommes et demi, capables de forcer leur nature pour renverser, ensemble, des montagnes !

On aime par-dessus tout comment ces hommes deviennent des types qui se livrent sans compter. On aime au-delà de tout l’authenticité de leur investissement. Alors quand de nos jours, les mètres parcourus par Teddy Thomas ou Greg Mosso, le nombre de défenseurs battus par Louis Picamoles ou Fabien Nougailhon représentent de vrais observables, on croit rêver ! Des observables de quoi ?! A quelle heure les solutions au porteur qui créent de l’incertitude dans la défense sont moins efficaces qu’un type qui traversera le terrain « Radradra fond la caisse » pour finalement s’empaler sur le dernier défenseur alors qu’il a 3 partenaires à faire jouer (toutes ressemblances avec …) ?! Depuis quand le type qui esboudègre 5 adversaires comme un bulldozer est meilleur que celui qui joue, juste, ce deux contre un d’école ? Je t’en foutrais des stats moi !…

 

Vitesse, initiatives et adhésion collective

Car la beauté, la vraie, se situe à l’arrière-boutique. Toutes ces petites mains, qui sont aussi de sales gueules souvent, elles le font le boulot pour que ça brille en vitrine ! On se souvient tous de ces exploits plus ou moins personnels où souvent seul le nom du marqueur résonne et marque l’histoire. Ainsi, lors de la finale du championnat de France 1989 entre le Stade Toulousain et Toulon, c’est Serge Laïrle qui marque. Mais cet essai, symbolique, est un modèle du genre. Dans sa réalisation déjà, dans sa genèse, mais aussi dans l’adhésion des hommes à une philosophie de jeu (bien plus fort qu’un système). Rappelez-vous Albert Cigagna qui vole le ballon dans les mains varoises sur le regroupement de touche. Sa passe avant de mourir entre deux énormes défenseurs que sont Jérôme Galion et la touche, c’est de l’art. Le relais de Serge Laïrle qui sert Thierry Mazet qui, au contact, lève le ballon à Jérôme Cazalbou lancé plein badin, c’est un exemple fondamental de continuité de jeu et du maintien de la vitesse du mouvement. Quand le demi de mêlée stadiste passe les bras et retrouve son talonneur qui conclut, il n’y a pas plus rien à dire. Certes, en nombre, il n’y a pas beaucoup de temps de jeu puisqu’il n’y en a qu’un. Dire que « ce n’est plus possible de nos jours » est une erreur de poltron : tout d’abord que les acteurs actuels le tentent, ça démontrera leur audace. Et surtout la justesse de l’action puisque ça marque ! Après tout, marquer sur le premier temps de jeu, quoi de plus beau ?…

 

Des exemples aussi parlants vous en connaissez tous. Aujourd’hui la notion de duel n’est plus que sur un seul registre. On joue les un contre un en visant l’épaule du milieu : quelle pauvreté ! Pourtant, c’est bien devenu la norme avec le postulat de base que la dimension physique au sens de puissance est au-dessus de tout. Ce « tout » justement s’appelant «  système » qui pourtant devrait servir la cause. Or, a contrario, l’état d’esprit des joueurs ne tend pas vers une prise d’initiatives favorable au jeu. On ne cherche plus d’espaces, on fonce dans les murs. La tendance est à sécuriser les offensives et à mener les adversaires à la faute à force de pilonner les défenses. Et, de fait, transformer ce jeu d’évitement en un jeu d’échec au sens le plus noir du terme. Heureusement, les Blacks, le Stade Toulousain, Clermont avancent dans une logique toute autre. Le système devient alors beaucoup plus positif et appuie une vérité de dingue : jouer les espaces, jouer les coups tout simplement. Voilà qui devrait nous réjouir. D’un enthousiasme juvénile, un peu comme des gamins de 20 ans qui ne seraient pas si insouciants que ça au point d’en devenir champions du monde …

 

Miga Latapi

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