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10 mai 2019

Chiche ?!

« Il y a le système, les temps de jeu préparés jusqu’au 18ème, les répétitions de ces fameux schémas tactiques et la dimension physique. Tout est important.

Et puis il y a la folie passagère ou permanente des gars qui pensent rugby, qui vivent rugby. Son équipe c’est comme sa famille. Et quand la complicité est là, quand la connivence est au firmament, avec la connaissance du rugby et de la règle comme socle, ces mecs là peuvent inventer l’eau tiède. Voici quelques exemples de petits riens qui font parfois bouger l’histoire. L’histoire d’une saison, d’un match. Ou d’une troisième mi-temps. Et rien que pour ça … Savourons ici quelques unes de leurs folies partagées. » 

 

Chiche ?!

 

Le rugby change. Plusieurs paramètres modifient son évolution. L’aspect économique, l’image, les modifications physiques des joueurs, le nombre d’entraînements et d’autres secteurs encore. Mais le cœur même du rugby, le jeu, des options assumées irrévérencieuses, ça c’est bon !

Attardons-nous aujourd’hui sur ces dingueries d’entraîneurs techniciens-fous-sorciers-génies-malades, appelez-les comme bon vous semble, qui ont un jour eu une idée pour que leur équipe trouve des moyens singuliers afin d’atteindre leur objectif.

 

La mêlée à 3 joueurs !

De sources plus ou moins chauvines, on retrouve les premières mêlées à trois dans les années 1970, à Grenoble à l’époque où le champion du monde de lutte Daniel Robin officiait aux fauteuils d’orchestre. On s’en souvient bien à Colomiers où l’expérience avait été tentée dans le milieu des années 1980. L’expérience a tourné court : certes la volonté de jouer ailleurs tous les ballons était belle, mais le sacrifice des 3 de devant ne pouvait pas s’entendre. A l’époque où passer par-dessus une mêlée était considéré comme un acte de bravoure autorisé, ces 3-là jetés en pâture devenaient une aubaine pour les viandards d’en face. On les comprendrait presque : le rugby, comme chacun sait commence devant. ET finit devant aussi parfois pour certains …

 

Le ruck fantôme des Chiefs

Dave Rennie, l’entraîneur de la Province de Waïkato (NZ) avait troublé le Super Rugby en 2015. Repris depuis par d’autres équipes dont l’Italie de l’Irlandais Conor O’Shea, ce stratagème visait à perturber l’organisation offensive des adversaires en jouant sur la règle : pas de ruck, pas de ligne de hors-jeu et début du bordel ! World Rugby a légiféré et on peut trouver ça regrettable ! En effet, c’est une preuve d’intelligence d’opposer « aux forts » une réponse collective appropriée, souvent face à une machine de guerre, supérieure dont les muscles et l’usure est l’arme fatale. Rennie, à défaut de soigner les maux d’estomac aura réussi à infliger de belles céphalées à ses opposants !

 

La touche à 14

On ne peut être moins de deux, c‘est la règle. Mais 14 en touche, c’est quand même « beau » ! Faire adhérer les trouillards de derrière à venir s’y filer, si ce n’est pas une aventure dingue … Après c’est toujours une forme d’élégance de voir les moins de 78 kg tenter de poser une épaule dans un beau ballon porté au risque de se retourner un ongle !

 

Le lancer en touche en bas

On en voit des combinaisons en touche qui ressemblent à des ballets de l’opéra de Paris (ne me demandez pas de détails, je suis court sur le sujet). Des appels par-ci, des faux appels par-là, et vas-y que je me tourne et que je me retourne et que le relayeur rentre et paf : le talon s’y perd et le lancer est aux fraises ! Un scientifique de la faculté de Castillon (09) a inventé un mode opératoire infaillible : le lancer à hauteur des tibias pour le premier d’alignement ! Avec toutes les attentions portées « vers les sommets » par les lifteurs, leurrer les contres adverses par un lancer de type bowling ou presque, fallait y penser … Et ça marche !

 

Le plus pénétrant des avants en premier attaquant. Basique !

Certains d’entre vous l’auront vu faire sur une mêlée du Stade – Pau de ce week end avec Gilian Galan en position d’ouvreur et Cheslin Kolbe en numéro 8. L’idée a été concrétisée voici quelques saisons par-ci et surtout par-là avec comme idée « de base » une avancée plus franche dans le premier temps de jeu dans la zone de l’ouvreur. Avec un temps au près de plus par les gros dans le sens, une inversion large en suivant avec « des rapides » a déjà marqué les esprits des défenseurs et des points au planchot ! Basique pour le moins …

 

Les renvois aux 22 m joués entre les jambes

Dans les pays ovales reculés, on use de ce stratagème. Les plus fidèles et frileux supporters l’appellent la « aïe aïe aïe ». Car elle leur fout la trouille cette initiative : le ballon doit juste passer la ligne. Le porteur s’en approche, parfois sans ballon au départ et joue un mini drop pour lui-même. L’opposant n’est pas loin et le tout réside à faire passer le ballon entre ses jambes pour un coéquipier. En théorie c’est un essai de 80 mètres. En pratique, l’adhésion à cette folie douce n’est parfois pas totale. Et comme les plus réticents font souvent plus de 105 kgs, ça « pèse » dans la balance au moment de se faire engueuler ..
Et pourtant …

 

Les renvois aux 50 mètres offensifs avec l’équipe entière placée au centre derrière le buteur

Les 15 joueurs au centre. Et là on voit comment réagit l’adversaire : il bouge, il garde ses positions souvent sur un côté ou l’autre. Ou les deux. Ce qui semble être un tas de bourrins au milieu derrière le buteur est en fait une armée d’élite organisée pour récupérer le ballon : 4 à la lutte, 1 qui dépasse le point de chute, 1 qui lutte en l’air et 2 plein axe. Une ligne de 4 pour fermer ou jouer (suivant si on a récupéré le ballon ou pas) au près. 4 qui ferment le jeu profond en cas de non récupération et 2 joueurs en second rideau prêts à alimenter offensivement ou défensivement. Cette orga est déposée à l’INPI sous le nom de «Chiche » …

 

La bonne « générale » travaillée à l’entraînement

Finissons par un brin de poésie que diantre (Quoi ? « diantre » c’est pas djeuns ? Ah bon …)! Pas la peine que je vous dise qu’on ne parle pas d’un club du pays du Byrrh ou de la Rousquille, médisants que vous êtes, vous l’auriez juré ! Un ancien entraîneur de mes amis en avait assez de voir les siens trop investis dans la partie de manivelles (sang et or les types et surtout sang chaud…). Et de voir que ces cons de Toulousains qui jouent plus à la main qu’avec les poings arrivent à marquer le refounfougnait. Certes ils avaient deux ou trois « portés disparus » mais 6 points assurés (eh oui c’était « à l’époque ! »). Le catalan en question m’expliquait donc qu’il voulait organiser quelques répétitions « en réel » à l’entraînement : « des soldats au front qui esboudrèguent tous ceux qui se présentent et des patrouilleurs au cas où certains voudraient s’échappaient avec le ballon. Ou sans d’ailleurs … ». A méditer, même s’il m’a assuré que c’était une blague. ‘ me méfie des blagues de là-bas, des fois on n’a pas le même humour …

 

Monsieur l’arbitre on la tente … pas !

Mon rêve enfin. Pénalité pour nous 30 mètres face. Notre buteur prend son temps pour montrer très tôt à l’arbitre et au monde entier qu’on la tente en levant le bras, doigt tendu vers les poteaux. Les autres nôtres, quasiment de dos aux poteaux, mains sur les hanches qui font « vanne » qu’ils s’en foutent. Et là le buteur, toujours bras levés qui ajoute à l’arbitre « on ne la tente pas ». Coup franc rapidement joué les partenaires tous en mouvement : essai ! Bronca du public, colère des adversaires, arbitre houspillé, entraîneur adverse en furie. Mais essai. Bonsoir Clara. De quoi alimenter les « tu t’en rappelles » pendant 30 ans …

 

On peut sourire à ces inventions, se moquer même de ces stratégies. Mais ces entraîneurs-là méritent notre respect. Ils fusionnent leur savoir, leur savoir-faire avec leur groupe qu’ils connaissent parfois par cœur. Ils savent quels leviers utiliser, ils savent quels joueurs « seront capables de ». Et puis la magie opère, la folie devient contagieuse et n’est plus une maladie mais une solution. La solution pour faire grandir le groupe, le rendre unique et singulier et faire d’une saison normale une saison exceptionnelle. Petits, jeunes, pros, rien ne change, si c’est la dose qui fait le poison, c’est bien elle aussi, qui fait le bonheur. Car la dose de connivence entre un staff et les joueurs, ça renverse parfois des montagnes et rend possible l’impossible.

Ici et maintenant …

Miga Latapi

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