Rugby sHop
11 avril 2019

Bijoux de famille

« Les prochains c’est nous ». C’est la première réplique que j’entendis en arrivant à ce rassemblement d’anciens le jour de la dernière sortie de la saison à domicile des nôtres. Mi-sérieuse, mi-fataliste, mi-déconnante, l’ancien talon de mes amis disait alors que les absents brillaient … par leur absence. « Le DD, Christian, Gatou et les autres, ils nous regardent d’en haut, les prochains, c’est nous ! » ajouta le plus poivre et sel  d’entre eux. Et, me voyant arriver, il me foudroie plein fer d’un : « et ne fais pas le malin, t’es pas loin non plus ! ». Notre « match » pouvait commencer. Des fois « que la mort nous trouve du talent » comme le disait le « poète » Paul François Valéry, nous allions passer la journée à revisiter nos vies ovales passées. Pressés par l’envie d’excès, lents par défaut, nous allions dérouler le film de notre match de 40 ans de passions communes en regardant d’un œil nos équipes seniors en découdre, de l’autre lorgner vers la buvette si la tireuse ne moussait pas trop … et si la serveuse se trémousserait bientôt ! On ne vit qu’une que deux fois, la vie de joueur terminée, hâtons-nous de profiter de la seconde ! Prêts pour les devoirs, il était temps de réviser les multiples de 4, voire de 3 pour certains, la valeur de l’essai  à l’époque ! Question français ça sera le passé, simple, le transformant à souhait en plus que parfait. En langue vivante ? Le patois pardi ! En sport ? Quel sport ?…

 

Bijoux de famille

 

Vous pouvez vous poser tranquille. Ce que vous allez lire là, vous ne l’avez peut-être jamais lu, ou rarement, mais vous l’avez vécu c’est sûr. Ce que vous allez lire là, ce n’est rien d’autre qu’une chronique ordinaire d’un dimanche à la campagne. Une campagne où la forme prédominante donne dans l’ovale. Le fond aussi …

 

Dernière

C’est un dernier match à domicile comme il en existe tous les printemps. Un de ces dimanches qui compte, que tu joues la montée, la métairie, le maintien ou ta dernière paire de chaussettes jaune et noir. Ce match il compte pour les hommes qui sont au milieu parce qu’ils savent qu’ils sont sur la fin de leur aventure de la saison en cours et que c’est la dernière vie de leurs rites des matchs à domicile sur la saison régulière. Et que « Tomorrrrow is an over yearrrrr » !

Le réveil « musculaire » qui réveille des muscles dont on ne se servira peut-être pas l’après-midi. Les bises à l’équipe cuisine arrivée bien avant eux (faut bien qu’il soit chaud ce café pour les ptits noirs …). Le repas d’avant match, la rencontre de l’équipe 1 qui suit invariablement celle de la B. L’échauff et les vestiaires pour la dernière fois ensemble. Bordel que ce n’est pas facile d’écrie avec des frissons. Ces deux matchs, gagnés ou perdus mais que tu vis comme si c’était le tien, l’un qui te permet plus vite de profiter de la bière de la récupération et l’autre qui t’autorise à représenter le village.

 

Sépia

Et puis surement comme presque partout, ce jour-là on aime à le vivre en famille. Un qui a passé l’âge de jouer à 15 heures a eu la bonne idée de proposer un rencard mangeant à ceusss du rugby d’avant. Un rendez-vous du style « si t’as connu l’essai à 3 points, à 4, si tu n’as pas été appelé par les coachs pour jouer, viens, on va se raconter des histoires. Nos Histoires ». D’ailleurs en voilà une histoire –vraie-, et pas qu’ovale : un jour Claude Onesta avec son parlé grave sans l’être vraiment, ces « r » qu’il ne doit pas payer tant il en use et abuse et son phrasé lent que t’as l’impression que tu as Imbernon et Palmier qui te marchent dessus le temps d’un long regroupement, le tout en noir et blanc. Claude donc me dit « Vous … les rrrrugbymen … vous avez l’imprrrrression de détenirrrr l’exclusivité des valeurrrs !… Vous vous rrrrracontez toujourrrs les mêmes histoirrrres … et … à la 100ème fois elles sont encorrrre plus énorrrmes qu’à la 99ème ! ». Mais comme tu as raison Claude : se les raconter encore et encore c’est exister sous un mode intemporel. Pas une nostalgie désuète embourbée de naphtaline, juste le petit bonheur de réveiller des sentiments, des émotions, des faits aussi ! Et dans l’excès, on ressent encore des vibrations rien qu’en y songeant. Je crois que « vibrations » se dit « frissons » même ; Mais ça on ne se l’avoue pas, cons que nous sommes. Et si on s’amusait à fermer les yeux, on sentirait presque l’étreinte de l’autre et ce poing qui serre mon maillot et moi qui en fait de même. Et le camphre ? Hume.. C’est l’odeur du camphre tu m’entends ?!!

 

Un maillot pour la vie …

Alors dimanche, quand à l’initiative du coach, les petits de la Une sont sortis avec leur melting-pot de maillots retraçant 40 ans de l’histoire de notre club, on n’a pas tous tout compris sur le moment. Certains ont applaudi, d’autres n’ont rien dit parce que parler avec les yeux mouillés, ce n’est pas facile (essayez !). Enfin d’autres encore ne les ont même pas vu car justement ils étaient bien occupés à se désaltérer à cause justement de ces putains d’Histoires qu’on se raconte et raconte encore et toujours …

Si vous n’en avez pas trop marre et si vous me faites confiance, vous allez ouvrir le papier qui suit. Si vraiment vous en êtes, vous allez gouter ces mots comme une gourmandise. Un bonbon de qualité supérieure. Un de ceusss qui vous laisse un goût doux et vrai longtemps longtemps après l’avoir terminé. Au point que vous ne pensez pas l’avoir fini. D’ailleurs, le finit-on vraiment un jour ?…

 

Ce bonbon, ce cadeau, ce bijou, La Rouille vous l’offre. Traduit en « Authentique de chez nous», il vous dira le rugby, pourquoi on aime les gens du rugby et pourquoi le club, votre club, est plus qu’une famille. Si tu n’as plus l’âge de jouer, change la date, deux ou trois prénoms, un ou deux noms de villages et tu es chez toi et tu sais.

Si tu es en âge de galoper, alors prends. Prends et fais en sorte de n’être indifférent à rien, à personne. Et choisis. Choisis de faire de chaque rencard un moment privilégié comme s’il était le dernier !

Choisis bordel, choisis !

Miga Latapi     

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7 Avril 2019. Un dimanche à Grenade

 

C’est toujours un immense plaisir de vous retrouver, vous, les vieux copains, les rescapés d’ovalie, grognards, survivants des guerres de clocher qui n’avaient de guerre que le nom et qui étaient bien anodines, avec, parfois quelques débordements pour pimenter l’ordinaire (Vous avez dit Rabastens?….).

C’est bon de se retrouver sur le « Boulevard du temps qui passe » et de constater à quel point ce putain de jeu nous permet d’enjamber les barrières de nos différences. Certes, nos gueules ravinées par l’âge en disent assez long sur la précarité de l’existence, nous qui sortions hier, juste hier, des vestiaires, remontés comme des pendules ,vaseline en guise de peintures guerrières, prêts à faire valoir nos droits sur ce demi hectare de terrain, tracé à la chaux, le matin même, par Françounet, géomètre consciencieux.

 

Les vestiaires avaient des allures de chapelle puisque des messes s’y disaient. Le langage tenu là, nous appartenait, à nous seuls, et n’avait aucun sens, sorti du contexte, on le savait. Ne fréquentant plus les vestiaires, je ne sais pas si, à l’heure du numérique, les pendules se remontent encore et si les messes se disent toujours avec la même ferveur.(au passage, Je maudis à chaque retransmission télévisée, les imbéciles assoiffés d’oseille qui permirent que des caméras sacrilèges viennent profaner cet instant : « sans le latin la messe nous emmerde « proclamait Brassens, « plus de mystère magique »… il avait bien raison.

 

Ce petit casse-dalle d’aujourd’hui entre dinosaures était bien sympathique : une bièrotte, et deux et trois-et le pâté, tu l’as goûté mon pâté ? Allez encore un bout de saucisse ! Et ce rouge, il est pas bon ce rouge ? Bavarder entre amis en buvant frais et en mangeant de la cochonnaille est une volupté, n’en déplaise aux pisse-froids et autres hygiénistes bornés. Ils ne peuvent pas comprendre. Laissons-les à leurs occupations moroses.

 

Vint l’heure du match où les jeunots devaient en découdre avec leurs petits camarades de Saint-Girons. Beaucoup d’émotion de les voir s’échauffer avec les maillots que nous portions jadis, nous réchauffant ainsi au bain-marie de notre jouvence. Les maillots d’avant le sponsoring (quel vilain mot!) qui ravale les joueurs au rang de panneaux publicitaires. Petit pincement au cœur de les voir fringués comme çà. Qu’ils en soient remerciés.

 

Les réservistes ne nous en voudront pas de n’avoir assisté qu’épisodiquement à leur belle victoire vu que, nos souvenirs étant nombreux et souvent imprécis (pour certains ça remonte à la jument de Puymirol), il faut de plus en plus de temps pour les évoquer, ce qui nous met toujours en retard.

Concernant la Une, force est de constater que St Girons était un petit cran au-dessus même si on pouvait les battre. Bien sûr je ne me lancerai pas dans des considérations technicistes car chacun sait que je fus toujours dépourvu de technique. D’ailleurs ça ne m’a jamais vraiment intéressé. Moi, ce qui me concernait le plus, c’était la dimension psychologique, ce courant invisible qui faisait qu’un groupe intrinsèquement plus faible pouvait l’emporter. En langage vernaculaire cela s’appelait « les faire échapper ». Ce n’était pas une science exacte car qui faisait échapper un dimanche, s’échappait parfois le dimanche suivant. C’est impossible aujourd’hui, les règles ne le permettent plus et s’Il y avait certes des excès pas jolis-jolis, mis à part Jean-François Phliponeau, joueur de Clermont, foudroyé en plein match) nous ne fûmes jamais rendus à compter les morts.

 

Bon, je m’égare et il faudra qu’on se revoie pour savoir si c’était vraiment mieux avant. J’aurais tendance à répondre oui puisqu’on avait vingt ans.

J’vous bise et merci aux organisateurs de ce bon moment.

 

Larouille

(Ancien joueur, ancien dirigeant, ancien tout court, champion de rien)

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Une réaction au sujet de « Bijoux de famille »

  1. la lecture des textes de miga et de la rouille m’ont transporté (pour ceux qui me connaisse vous imaginez la force qu’il faut !!!) dans le regret et le remord de n’avoir pu me joindre à vous. les couleurs jaune et noire sont le lien intergénérationnel qui unit tous ceux qui les ont portées. le club va avoir 100 ANS il est donc évident que ceux d’aujourd’hui n ‘oublient ceux d’hier. Mais ceux d’hier doivent transmettre à ceux d’aujourd’hui ce patrimoine composé par les histoires accouchées par des centaines de matches joués, des aventures nées dans les stades de France et dans les bus, des liens affectifs crées dans le secret des vestiaires.
    lors de mon prochain passage sur grenade je proposerai la création d’un  » hall des légendes  » de notre club qui pourrait être un lieu d’histoire et de mémoire mais surtout pas une zone dédiée à la starisation .
    encore mille regrets d’avoir manqué cette journée . bises

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