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22 juin 2018

Barbarians : vers l’infini et …

Le rugby change. Tout le temps, depuis tout temps. S’intéresser aux Barbarians, c’est se dire, au contraire, que le rugby ne changera jamais. L’argumentaire est sûrement un brin léger, épris d’une douce folie et nous mènerait presque vers de doux rêves d’enfants jouant sans calcul avec un ballon ovale qui chercheraient juste une vérité : prendre du plaisir à jouer au rugby ensemble au plus haut niveau possible … Cela tombe bien, c’est notre sujet !

 

L’équipe de France est en Nouvelle-Zélande. A part si vous étiez parti faire un tour sur la planète Mars, vous devez maitriser cette information. Moins médiatisés, les Barbarians français sont aussi au pays du long nuage blanc. Alors que le statut de ce moment du rugby français vient de changer, attardons nous sur ce qu’il était, ce qu’il est devenu, ce qu’il est vraiment …

Barbarians : vers l’infini et …

Le B.R.C. (Barbarian Rugby Club) ou Barbarians français est fondé en 1979. Sa création est directement liée aux exploits des XV tricolores vainqueurs du Tournoi 1977 et du Grand Chelem au rang desquels on trouve les Fouroux, Romeu, Skrela et consorts. Citer ici les 15 joueurs serait une offense à leur mémoire car tout amateur de rugby doit connaitre ces 15 mecs ! Il vous en manque ? Allez réviser et revenez-moi avec le complet !

À l’image de leurs homologues internationaux, les Barbarians furent tout d’abord une équipe de prestige, disputant un ou deux matches de XV par an dont le premier eu lieu le 2 mai 1980 à Agen contre l’Écosse.

 

L’insoutenable légèreté de l’être

Afin de cibler l’état d’esprit de cette institution, citons l’indispensable Jean Pierre Rives : « Je ne sais pas pourquoi ils m’ont bombardé président. C’est un club sans président, sans patron, sans terrain. On n’a pas de club house. On n’a rien, simplement une espèce de rêve et on essaie d’aller au bout dans cette liberté et ce sens commun très fort.[…] Je ne sers à rien ! Mon rôle est inexistant. Je suis une erreur dans le système. Mais comme il n’y a pas de système, il n’y a pas d’erreur. Ils m’ont bombardé garant de l’esprit, tellement je suis en révolution moi-même et les copains ont décidé que ce rôle m’allait bien. ».

Tout ce qui est écrit après ces mots du légendaire 3ème ligne aile à la crinière blonde ne peut être que second. Les Barbarians ont toujours porté cette idée folle d’un rugby flamboyant qui, même s’il ne se contente pas des fondamentaux que sont la défense et la conquête, il les utilise pour des matchs d’anthologie et des essais incroyables. Parfois à en faire pâlir les structures de club aux staffs si pluriels, au temps de préparation si long, aux moyens si forts …

 

Contre nature

Oui mais voilà, depuis 2017, les Barbarians français sont considérés comme la deuxième équipe de France. La mise à disposition des joueurs est désormais encadrée par la convention liant la Fédération Française de Rugby et la Ligue Nationale de Rugby. Un joueur appelé pour porter le maillot des Barbarians doit obligatoirement être libéré par son club et le groupe des Barbarians est arrêté en collaboration avec le sélectionneur national et son staff. Finies les compositions au feeling remerciant un joueur valeureux en fin de carrière ou un jeune hyper prometteur, finis le panache et une certaine idée du rugby qui étaient pourtant le postulat de base. La FFR a quasiment la main sur cette équipe au point de la dénaturer. Certes, en vitrine, on conserve quelques idées fondatrices comme les coachs de club nommés pour un « one shot », les chaussettes de clubs sont toujours portées avec fierté et sont dépareillées à souhait mais est-ce bien (pas) sérieux et suffisant ? Plus grave encore, le fondement même de la « barbarianité » n’est-elle pas en train de s’étioler ?

 

Peu importe, in fine, les raisons de ces changements. Les amateurs d’un rugby vintage (traduisez « vrai et humain ») en sont à se demander s’il n’y aurait pas une quelconque analogie entre le rugby des meilleurs et le rugby des Barbarians : jouer les coups à fond, chercher des espaces (et les trouver), se foutre de l’endroit du terrain dès lors que le coup est bon, user de stratégie différente de la seule vérité du muscle, tous ces éléments ne sont-ils pas des vérités constatées dans le rugby des Blacks et de nos moins de 20 ans ?

Qu’il est plaisant, avec les Barbarians, de constater jusqu’à peu  que la touche et les contre-attaques longues étaient des espaces de jeu encore à conquérir au point, parfois, de rendre second le défi physique et les schémas de jeu à 126 temps ! Et si le présent et le futur représentaient le seul temps qui convienne aux bleus, bleus et bleus ? Juste vers l’infini et peut-être au-delà …

Heureusement, Jean-Pierre Rives est immortel et avec lui une certaine idée du rugby. Celui des Barbarians, et, messieurs les techniciens, messieurs les présidents, pourquoi pas le vôtre …

 

Miga Latapi 

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