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20 avril 2018

Avance bordel, avance !

Le cliché « le rugby c’est la vie », si on s’y attarde un peu, c’est quand même bien plus qu’un cliché non ? Qu’on soit chez les petits ou chez les grands, dans la vraie vie comme au rugby …

 

Avance bordel, avance !

 Cette consigne, on l’a tous entendue. Et depuis tout petit. Car si « avancer » est un des principes fondamentaux du rugby, il n’en est pas moins vrai dans la vie « normale ».

Vous l’avez cette image de cet éducateur qui a le conseil « braillant » et qui le décline en plusieurs modes, à plusieurs temps de tout temps tout le temps, tant et plus : « mais avancez », « tu vas avancer oui ?! », « On avance les gars, on avance ! », « mais avance bordel !! ».

 

« On est mal foutus mais on s’en fout ! »

Le problème pour celui qui a le ballon, surtout quand du haut de tes 6 ans -ou plus d’ailleurs- et alors que tu fais tes premiers pas d’apprenti rugbyman, tu n’es pas hyper gaillard, c’est qu’en face, ils ne sont pas d’accord ! Tu le sais que la marque est en face, tu le sais qu’il faut aplatir la gaïole derrière la ligne ! D’ailleurs hier soir, dans ton jardin, t’étais moins emmerdé quand tu crochetais les adversaires invisibles, quand tu ruais dans les brancards de rouges imaginaires, que tu débordais ces bleus fantômes qui se caguaient dans les brailles devant ton allure chabalesque, barbe en moins !

Là c’est moins facile ! Ils sont plein en face et tu n’en connais aucun. Et tu sens bien qu’ils ne sont pas commodes … Mais t’es pas tout seul. Avec toi, derrière toi, y a le grand Paulo qui ne rigole jamais et qui fait peur à tout le monde, même aux plus grands ! On l’appelle l’Irlandais car il est rouquin et il aime quand ça frite un peu… Puis y a Chris, qui râle tout le temps mais qui fait du bien dans notre jeu d’attaque. Puis il y a aussi petit Jean qui est « tignous » et qui leur passera à travers les jambes s’il le faut. On se chambre parce qu’on est tous mal foutus ou on a tous un défaut mais quand on joue au rugby ensemble, on s’en fout. Jeannot par exemple. Jeannot il est bilingue, il parle français et patois !  Il ne court pas vite mais quand y a besoin de faire de la place en face, on l’envoie au front. Des fois, on lui dit « pas cap ?! ». Ça nous coûte un goûter ou deux de plus car il aime ça les « pas cap » le bougre mais on s’en fout car Jeannot c’est Jeannot, et lui Jeannot, il avance !

« S’il était là … »

« Avance »  qu’il disait. Alors j’ai avancé un peu et puis j’ai fait la passe à Chris. Car il est plus grand que moi et il sait faire mieux que moi Chris. Il a avancé puis il s’est fait plaquer sévère au point qu’il ne s’est pas relevé. « Un mauvais coup » qu’ils ont dit. Tu parles d’un mauvais coup : on a tous eu mal oui ! Alors on s’est regroupés comme on fait à chaque fois qu’il y a un coup dur. Nous, ça nous a filé un pet mais l’entraîneur a dit que maintenant on allait aussi jouer pour lui ! Et qu’il fallait qu’on avance, encore et encore. Il a ajouté que ça n’allait pas être facile car quand on perd un des nôtres on a plus de mal, c’est sûr mais il a dit qu’on allait y arriver. Ben c’est vrai que ça fout un pet et du coup ben on est moins gaillard tè ! Mais on s’y file à chaque match et on y arrive. On est un peu moins bon, forcément puisqu’il nous en manque un, mais on joue encore et toujours. Parce que c’est ça le rugby !

Chris il ne joue plus à cause de ce mauvais coup. Chaque fois nous on joue un peu pour lui. Des fois on joue moins bien, bien sûr, vu qu’il n’est plus là ! Des fois on est même très mauvais ! Mais l’entraîneur il nous booste et on se relève et on avance. Evidemment c’est plus pareil puisque lui il n’a plus le droit de jouer mais on sait bien qu’il fait toujours partie de notre équipe. D’ailleurs comme on ne peut plus lui faire de passes pour qu’il nous fasse avancer alors on cherche des solutions ensemble, on se fait un peu plus mal pour donner un peu plus encore  et être meilleur. On n’y arrive pas tout le temps et des fois on s’énerve en se disant « s’il était là … ». Mais c’est comme ça.

 

 

L’autre jour y a un gars qui a dit « on a toujours le choix ». Quel con ! Nous, notre choix c’était de continuer à jouer avec Chris mais comme il ne pleut plus, ce sont des conneries ça : on n’a plus le choix ! Du coup, avec les potes on s’est dit que si, finalement, on allait choisir quand même. Choisir de dire que c’est comme s’il jouait avec nous, qu’il voit toujours les bons coups et qu’il nous aide !

Ce jour-là on n’a pas très bien joué mais on s’est quand même marré en chantant dans le bus en rentrant. On se foutait de nous et de nos actions ratées. Alors on a rigolé car je ne sais plus qui a dit « té, je l’ai entendu, il nous gueulait dessus en râlant : « avance bordel avance ! » …

Vivement le prochain match té …

 

 

Miga Latapi 

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