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16 novembre 2018

A en gagner son latin

A quoi se joue un match ? Des statistiques de plus en plus élaborées inondent les staffs d’informations rationnelles qui savent quasiment nous dire ces vérités : le nombre de mètres parcourus avec le ballon, les détails de la conquête, le nombre de 3 contre 1 oubliés ou que sais-je. En dehors de la connerie humaine qu’aucun algorithme n’arrive à cerner vraiment (ouf !), on va bientôt pouvoir connaitre le score et les performances des équipes avant le coup d’envoi. Heureusement, les équipes latines apportent de par la nature de leurs joueurs, ce qui fait réellement le sel de notre sport : ce petit supplément de « tonteria », de folie qui fait que les mecs déraillent ou font disjoncter ceux d’en face. Et entre ces deux équipes … 

Samedi, le France – Argentine aura un parfum particulier. Parce que nous sommes tous des latins et que donc il y aura de la vie sur le terrain à défaut de l’avoir en tribunes peut-être. De la vie aussi à cause (grâce ?) du rendez-vous de l’automne 2019 où nous nous rencontrerons à nouveau. Et là dans le cadre de la Coupe du Monde. Au-delà de l’asado et du tango où là nous ne pouvons pas rivaliser, il serait bon pour les nôtres de montrer qu’au rugby encore, Raoul, c’est nous !

 

A en gagner son latin

 

Être latin, sur le côté péjoratif du terme, c’est être un peu « olé olé », parfois lyrique certes mais difficilement canalisable. Sur l’aspect positif, on retiendra l’enthousiasme et la capacité à produire à profusion des vérités ovales parfois peu conventionnelles mais qui fonctionnent …

 

La tchatche

Elle est une des composantes de notre ADN. Nous sommes, eux comme nous, normalement en capacité à endormir l’adversaire, voire l’arbitre, avec une propension à accompagner la parole au geste. Ainsi, le modèle argentin à citer en exemple serait Juan Martin Fernandez Lobbe, un véritable fédérateur tchatcheur ou encore Roncero, Reggiardo, Lavalini, Albacete ou bien Ledesma qui sera dans les tribunes. Augustin Pichot était de cet acabit-là également. D’ailleurs il parle encore, mais maintenant officiellement (ou pas) pour World Rugby dont il est le vice-président. On pourrait citer pour diverses raisons, Marconnet, Ibanez, Nougailhon côté français. Et bien sûr Jacques Fouroux qui avait cette capacité à avoir la main sur ses partenaires et sa langue pour ceux d’en face. Une qualité ? L’intérêt des joueurs qui sont dans la maitrise de leurs excès, c’est qu’ils sont à la fois capables de rendre les leurs meilleurs et surtout les opposants moins bons. Quand le rapport de force est en théorie en ta défaveur, ça peut servir ! Et à tous les niveaux …

N’en déplaise aux -trop- bienpensants, aseptisé à s’y perdre, étouffé par ailleurs en des schémas tactiques complexes, notre rugby actuel nous ferait presque regretter ces temps passés où l’homme, son caractère et son aura, pesaient bien plus que le physique du joueur qu’il était …

 

La grinta

En voilà un paramètre qui compte dans ce type de confrontation ! Le problème pour nous Français, c’est que ce mot aurait des origines italiennes. Une étude d’une des plus grandes universités canadiennes (on en reparle?) tendrait à prouver une hypothèse opposée : la grinta serait bien d’origine argentine ! Mieux : elle prendrait toute son expression dans les oppositions contre la France. Le chercheur français François Delbreil, immergé depuis plusieurs années dans le nord du pays des gauchos, ne dément pas ces propos : «pour avoir étudié les deux cultures, le Français aura une plus grande faculté à se contenter de râler sans réellement donner tous ses moyens, mêlant mal l’objectif à son courroux dès lors qu’il est contrarié. J’ai même pu le constater dans ma famille en France. On parle de l’action de «refunfuñarse».

L’Argentin est plus dans l’action double, dans une agressivité, une détermination à l’excès qui le rend plus performant et qui tend à affaiblir l’autre. Cet état devenant un outil pour parvenir à ses fins, déstabilisant l’adversaire qui se perd dans des réactions d’opposition vaine au lieu d’avancer dans ses propres vérités. Pour autant, je dirais en conclusion que le Français, en règle générale, est plus en rapport à la finalité du projet et apte à rationaliser ses process pour obtenir le résultat escompté y compris avec de forts éléments parasitant son avancée.»

 

La tchatche, la grinta, on ne sait encore si ces deux éléments vont faire basculer l’une ou l’autre des équipes vers un bonheur immédiat. Un bonheur qui, par ricochet, en appellerait un autre pour la Coupe du Monde. Les propos du Professeur Delbreil nous éclairent vers une certitude : l’équipe qui brouillera le mieux les pistes, qui fera perdre son -rugby- latin à l’autre ne sera pas loin du compte. A grinta égale, les moins cons gagneront !

 

Miga Latapi

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