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27 avril 2018

Les fleurs de marronniers -non plus- ne font pas le printemps ! Et inversement …

Là … On y est ! Des types qui inventent l’eau tiède dans des bureaux sûrement pas si ovales que ça, se demandent s’il ne faudrait pas arrêter le mode de phases finales de rugby. L’idée étant d’entrer dans un cadre hyper cartésien comme au foot où, à la fin de la phase régulière, on sait qui est champion ! Et là, fête de fous au Champomy et avant minuit, tout le monde au lit !

Ces gens-là n’ont pas dû jouer de ces matchs éliminatoires qui comptent plus que tout et où par définition, si tu perds eh bé … c’est fini ! L’adrénaline et l’engouement dégagés par ces tranches de vie sont d’une intensité dingue et font vivre des instants que, paradoxalement, tu partages avec les tiens parfois une vie entière. Voire plus. Et à chaque saison, chaque année, c’est pareil. Du coup, la ferveur atteignant son paroxysme, l’acte du chroniqueur se doit d’être précis et fort.

Tout sauf un marronnier finalement …

Les fleurs de marronniers -non plus- ne font pas le printemps ! Et inversement …

Mon nouvel ami, que je surnomme « Wiki » tant notre relation est intense, me disait récemment sur un ton formel la chose suivante alors que nous débattions sur le journalisme et « l’art » d’écrire sur le rugby mêlés :

« Un marronnier en journalisme est un article ou un reportage d’information de faible importance meublant une période creuse consacré à un événement récurrent et prévisible. Le marronnier permet de rester proche des lecteurs et d’en attirer sans cesse de nouveaux, en traitant des sujets qui rythment leur quotidien. L’évocation de moments et de sentiments partagés par un large public permet de renforcer le lien avec celui-ci sans risque de choquer. Les sujets « débattus dans un marronnier sont souvent simplistes, parfois mièvres. Son équivalent anglophone est le terme « chestnut », «châtaigne», ou « evergreen », « à feuilles persistantes » ».

L’origine du terme est la suivante : tous les ans, aux premiers jours du printemps, un marronnier à fleurs rouges fleurissait sur la tombe des Gardes suisses tués lors de la journée du 10 août 1792, dans les jardins des Tuileries à Paris et tous les ans un article paraissait dans la presse pour s’en faire l’écho.

 

On a donc longuement discuté en parlant fort, en jurant pas mal … «de faible importance »,  « souvent simplistes », « parfois mièvres » qu’il écrit mon ami Wiki ! Le petit chroniqueur de bas étage que je suis était prêt à parler des marronniers des phases finales : mais quelle erreur eus-je commis là ! « Ujkomila », ça sonne bien non ? On croirait au cousin d’Itoje. Mais non …

 

La faim, la soif !

Mes idoles journalistes pourraient donc pondre un marronnier sur le sujet mais dommage, le rugby de printemps ne boit pas de ce breuvage-là. J’eus pu parler « panse » et « gras » mais les phases finales font parler et donnent donc soif tout autant que faim. Ainsi poussent chaque dimanche midi de fête ovale des centaines de barbecues. Le catalan est le meilleur dans le domaine. Le catalan ne fait pas un barbecue, le catalan « fait griller ». Et ce n’est pas pareil. Si certains ont des pinces, du charbon et un zip allume feu, l’Homme höôôômme du Roussillon fait ça souvent à la pelle après avoir coupé les sarments de vignes avec de la barbaque et de la barbaque. Des fois je me demande si le Catalan jadis n’a pas fait le con en Argentine à inventer l’Asado. Ou l’inverse … Je compte bien aller investiguer pas là-bas, vers Salta par exemple …

 

Les drapeaux

Mes maîtres de l’écriture auraient pu « marronner » aussi sur les bourgeons puis les fleurs, sujet tellement de circonstances. Mais il n’y a pas que la nature qui a horreur du vide : le supporter aussi ! Et vas-y que je te bardisse la ville en rouge et jaune ! Et que je te peins les routes en bleu et blanc ! Et que les rayons maquillage jaune et noir déferlent sur les joues des fans en début d’après-midi et un peu plus bas un peu plus tard chez les vainqueurs les plus excessifs (j’ai les noms …) !

 

La ferveur

Les chroniqueurs d’élite purent aussi s’épancher sur la luminothérapie et les bienfaits du soleil de mai et juin et comment les gens sont contents à cette période. Dans les peuples d’ovalie qui ont la chance de connaitre ces moments, ce n’est pas de la jovialité à 2 francs (nouveaux), c’est de la connerie en barre ! De la bonne bêtise un peu niaise sans calcul et si généreuse qu’elle en est touchante ! De celle, « carpédiemeuse », qui se contente béatement du moment présent à partager la vie et la victoire qui sourient !

 

L’émotion

Les plus grands des grands reporters ne peuvent pas gratter un marronnier sur ces instants ; car on ne parle plus de «moments sans importance, de papier simplistes et parfois mièvres », non pas messieurs : on donne là dans l’allégresse, l’exagération, le hors normes ! Allez donc lire les chroniques du rugby d’Issoire et vous verrez bien le singulier de ces instants pluriels aux sens propre (sur soi) et figuré ! Même en écrivant seul on est plusieurs !

 

Car les matchs de phases finales transportent les gens hors de tout, hors du temps, du mauvais comme de celui qui passe (qui parfois est le même). Car les phases finales c’est autre chose, c’est poser tout ce qui te pèse au quotidien, tous ces fardeaux matériels qui te rendent obèse du cerveau à ne pas plus pouvoir marcher normalement, à t’essouffler à force que de souffler de dépit.

Les phases finales, c’est un drop à la dernière minute, un en-avant de 7 millimètres ou une cheville qui lâche sur le coup d’envoi et qui te fait basculer d’un extrême à l’autre en un rien de temps.

Les phases finales, ce sont des entraîneurs qui ne dorment plus, des femmes (ou hommes) de joueurs qui vivent la métamorphose de leur moitié sans pouvoir agir, ce sont des cierges dans les églises, des pères, ivres de fierté, qui n’ont rien lâché, jamais ! C’est justement Cali et 1000 cœurs debout à fond dans les vestiaires et 1000 cœurs debout assis dehors !

Les phases finales, j’en ai jouées et j’ai ri et j’ai pleuré, de joie aussi. Et je n’en jouerai plus, à part peut-être au scrabble ou au concours du plus grand mangeur de saucisse de chez Pozzo.

Alors si toi t’as la chance d’en être, si t’as le privilège que des entraîneurs te fassent confiance, si tu prends conscience que tu peux donner de la petite monnaie de bonheur aux tiens, alors là, alors là papa, mais file-t-y ! File-t-y comme jamais ! Cours, plaque, relève-toi , combat, ferme-la, avance, et avance bordel ! Avance, t’es pas tout seul va, t’as du monde avec toi, du monde qui te veut vainqueur, beau, grand, fier et généreux …

Alors après, tu ne seras pas tout seul non plus, il me restera trois sous et on ira se les boire et on parlera espagnol ! Fort ! Et on rira encore et encore. Toujours …

Miga Latapi 

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